Eschatologie scientifique

La 4e rapport du GIEC (IPCC) est donc sortit ce vendredi. Qu'apporte-t-il de nouveau par rapport au précédent publié en 2001-2002 ? On serait tenté de dire pas grand chose : les scientifiques sont dorénavant quasi certain que le réchauffement planétaire observé est principalement du à l'activité humaine et que la température moyenne du globe devrait augmenter de 1.8 à 4 °c à l'horizon 2100. Mais ce ne sont pas vraiment les conclusions du rapport ou le fait que les politiques semblent enfin prendre le sujet au sérieux qui m'ont interpellé, plutôt un sentiment assez curieux que j'avais déjà ressentit à la sortie du précédent rapport.

Tout au long des derniers siècles, les sciences ont dépossédé le religieux de ses fondements. Peu à peu, méticuleusement, à travers la révolution copernicienne ou l'épanouissement des théories évolutionnistes darwiniennes, tous les mythes de création (gonies) se sont vus supplantés par leur pendant scientifique : les cosmogonies ont laissé place à la cosmologie et à l'astrophysique, la paléontologie a offert une vue de l'histoire du vivant plus fiable que le livre de la Genèse. Le comment à remplacer le pourquoi.

Il restait un domaine dans lequel le religieux gardait sa prédominance : l'Eschatologie. Pourtant, depuis une quinzaine d'années, ce champ lui aussi est investit par la science : l'écologie et la climatologie modernes sont devenues des eschatologies scientifiques. On prédit l'Armageddon, la venue des hordes déferlante du Dieu Surtr. Nous avons les prêches cathodiques de climatologues en lieu et place des poèmes épiques ou des sermons dominicaux. Nous avons même eu notre Baldr (Nicholas Hulot) sacrifié sur l'autel présidentiel afin d'annoncer l'imminente catastrophe...

La science-fiction a joué jusque là (et joue toujours) ce rôle de Cassandre. Avec les bouleversements climatiques qui s'annoncent et qui sont loin d'être de simples contes philosophiques, l'affaire est devenue sans doute trop grave pour continuer à faire la sourde oreille. Mais on pourrait aussi voir cette prise de conscience comme un énième témoignage de la désacralisation des sociétés occidentales : le discours des scientifiques est devenu plus audible parce que l'eschatologie religieuse a perdu de son sens et de son influence(1).

Mais finalement, quelque soit l'ampleur du battage médiatique, de la prise de conscience (prétendue ou réelle) des hommes/femmes politiques et le biais millénariste des discours qui en découlent, l'eschatologie scientifique se construit malheureusement sur des fondements que l'eschatologie religieuse ne possède pas : les faits. Le résumé de la synthèse 2004 est consultable sur le site du GIEC, en attendant la version plus complète. Le rapport de synthèse 2001 est lui toujours disponible.