Du jury à l'électeur

Ainsi va le petit train-train de la pré-campagne présidentielle : Ségolène Royale lance une nouvelle fulgurance, ce coup-ci cela concerne le contrôle du travail des élus par un jury de citoyens tirés au sort, et le microcosme politique - droite et gauche confondues - repart dans un cycle de critiques sans fin. Mais ce ne sont pas ces critiques qui m'ont interloqué, plutôt un télescopage hasardeux dans ce qui me serre de cerveau entre cette proposition et un texte écrit il y a un peu plus de 50 ans.

Dans une courte nouvelle écrite en 1955, Franchise (1), Isaac Asimov nous décrit ce que pourrait devenir le processus électoral en 2008 (2) : un citoyen lambda, Norman Muller, y est sélectionné par l'ordinateur Multivac pour devenir le « votant de l'année » et désigner ainsi le futur président des Etats-Unis. Muller n'est pas tiré au sort, bien-sur ; il est choisit en fonction de critère « scientifiques » et logiques par l'ordinateur car il représente l'archétype de l'électeur moyen, l'équivalent de la ménagère de moins de 50 ans pour les publicitaires.

Cela n'a qu'un très lointain rapport avec la proposition de Ségolène Royale. Comme je l'ai dis, le rapprochement est hasardeux. Pourtant, la petite musique qui flotte dans nos sociétés depuis quelques années, la « crise des politiques », le résultat du premier tour de la présidentielle 2002 où certains Français n'étaient pas allé voter car, pour eux, les dés étaient déjà jetés et, finalement, cette injonction royale qui donne au citoyen la possibilité de vérifier que les belles paroles électorales se sont transformées en faits, amène à considérer la nouvelle d'Asimov sous un autre angle...