La 12e planète de… l'UAI

Voilà, c'est fait, et plus vite que je ne l'avais soupçonné : on a finalement revu la définition du terme « planète » pour tenir compte des récentes découvertes aux confins du système solaire. Si l'on en croit le communiqué de presse de l'UAI :

A planet is a celestial body that (a) has sufficient mass for its self-gravity to overcome rigid body forces so that it assumes a hydrostatic equilibrium (nearly round) shape, and (b) is in orbit around a star, and is neither a star nor a satellite of a planet.

IAU press release

Nous voilà donc, par un tour de passe-passe sémantique, habitants d'un système stellaire non plus à 9 mais à 12 « planètes » : Mercure, Vénus, Terre, Mars, Cérès, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton, Charon et 2003 UB313.

Ce qui m'étonne, ce n'est pas tant l'élévation en grade des troufions de base du système solaire qu'étaient Cérès (ex-astéroïde) ou 2003 UB313 (ex-...planétoïdes ?!), mais la définition en elle-même car, si je me rappelle correctement de mes cours d'astrophysique, à partir du moment :

  1. où un corps rocheux est suffisamment massif pour enclencher en son coeur des processus de différenciation (la chaleur interne permet de fluidifier les matériaux, les éléments plus lourds plongeant en profondeur et les plus légers se retrouvant en surface pour former schématiquement une croûte, un manteau et un noyau)
  2. où l'attraction gravitationnelle est suffisante pour contrer la résistance du matériau et conférer au corps une forme sphérique (la forme de meilleur « équilibre énergétique »)

alors on est en présence de ce que l'on peut nommer une « planète ». Le plus curieux donc, ce n'est pas la promotion de Cérès mais plutôt le fait qu'on lui ait dénié son « statut » de planète depuis 2 siècles. Les récentes découvertes de corps massifs appartenant à la kuiper-belt ont finalement obligé les gardiens de la nomenclature astronomique internationale à réagir.

On note d'ailleurs que l'UAI se garde une porte de secours : comme il est a peu près certains que nous découvrirons dans les mois - les années - à venir des corps comparables à 2003 UB313, et pour ne pas se retrouver avec une trentaines de « planètes » sur les bras (une douzaine de corps est déjà sur liste d'attente, et ça ferait un peu brouillon dans les manuels scolaires), l'organisme a décidé de créer une nouvelle catégorie, les « plutons », à savoir des planètes ayant une période de révolution supérieure à 200 ans. C'est dans cette catégorie que tomberont toutes les éventuels nouveaux planétoïdes transneptuniens.

Autre chose qui interpelle dans la proposition de l'UAI : considérer Charon, le « satellite » de Pluton, comme une planète. On pense ainsi le couple Pluton-Charon comme un système binaire, à l'instar des systèmes binaires (voir triples ou quadruples) stellaires. (En relisant un « vieil » ouvrage d'astronomie, datant de 1987, je me rend compte que l'idée de planète double existait déjà à l'époque).

Bref, tout ceci n'est évidemment que de la convention, de la nomenclature, de la sémantique, du pratiquo-pratique, voir du « scientifiquement correct ». Le seul intérêt de cette proposition est, comme je l'ai déjà dit, de permettre à des notions jusque là confidentielles de faire leur chemin dans l'esprit du grand public.

Ressources et références :

Titre
The IAU draft definition of 'planet' and 'plutons'
Auteurs
  • IAU
Éditeur
IAU
Date

N.B. Le titre de la brève fait évidemment référence au fameux ouvrage pseudoscientifique La douzième planète de Zecharia Sitchin.

Mise à jour (24 août 2006) : nous habiterons finalement un système solaire à 8 planètes.