France / Espagne vu de l'étranger

Curieux retournement des média français qui sont devenus, depuis la victoire de l'équipe nationale face à celle de l'Espagne 3-1, de fervents partisans de la « méthode Domenech » et de nos « papys » du foot. 24 heures plus tôt, les craintes de se prendre une fessée déculottée suintaient dans la plupart des commentaires de « spécialistes ».

Aujourd'hui, entre le « Géant » du Parisien et le « ¡Vamos! » de Libération, il y a vraiment de quoi croire que nous avons mis une raclée aux juvéniles ibériques. Et de pathétiques, les joueurs de l'équipe de France sont devenus, l'espace d'une soirée, des génies du ballon rond.

Les médias français se sont appesantis avec complaisance sur les « railleries » - réelles - de la presse espagnole. Sans doute ces champions du retournement de veste étaient-ils trop content de trouver un épouvantail interprète de leurs propres doutes à demi avoués. Comme si eux ne s'interrogeaient pas depuis des jours - voire des semaines - sur la (mé)forme de Viera, l'utilité de faire jouer Zidane ou les prestations de Thuram (que l'on camouflait pudiquement sous des formulations du type « son entente avec Gallas n'est pas encore parfaite »).

C'est vrai, les matchs de poule ne donnèrent rien à voir de bien encourageant, mais le ton pessimiste / dénigrant des commentaires laissait un petit arrière-goût déplaisant. Il l'est d'autant plus lorsque, presque du jour au lendemain, les sons de cloches changent du tout au tout !

Pour en revenir au média espagnols, on a choisit de mettre en lumière la fameuse une de Marca, Vamos a jubilar a Zidane (« Nous allons envoyer Zidane à la retraite ») ou de revenir sur les propos puants d'Aragonés concernant Thierry Henry, tout en escamotant ceux de Raùl par exemple : Espérons que ce soit le dernier match de Zidane, parce que cela signifie que nous aurons gagné, mais aucun d'entre nous ne veut qu'il s'en aille. Des propos qui, pour politiquement correct qu'ils paraissent, témoignent aussi du respect que le capitaine ibérique témoigne à son ex-collègue du Real Madrid. Respect qui a semblé parfois faire défaut dans certains commentaires franco-français… Mais il nous fallait de méchants espagnols en voulant à notre gentil Zizou pour que la mayonnaise de la veste retournée prenne.

On notera aussi le passage sous silence - dans les commentaires ou les images - de la faute de Puyol sur Henry qui amène le coup-franc de Zidane, que Viera enverra au fond des filets avec l'aide du défenseur espagnol Ramos.

  • Oui, il y a faute (obstruction et coup de coude au niveau de la poitrine), donc coup-franc;
  • Oui, Henry a simulé un coup au visage, donc pas de carton jaune;

Cet épisode fait pas mal de bruit dans la presse anglaise et espagnole, l'image positive du Gunner s'en trouvant écornée. Mais, de ce que j'ai pu voir / entendre, rien ou pas grand chose de ce côté de la Manche ou des Pyrénnées.

Une dernière remarque : la presse espagnole, elle, a étalé clairement ces errements abusifs en première page, concédant que c'était Zidane qui avait envoyé l'équipe d'Espagne en vacances (en tombant malheureusement elle aussi dans l'excès inverse en dézinguant la « roja »). Comme quoi...

P.S. : Moi, en tant que simple spectateur et fan de foot depuis qu'un certain Mondial 1982 a incrusté dans le cerveau du gamin que j'étais des bribes d'images aujourd'hui un peu floues, je suis juste heureux. Heureux de voir l'empereur Viera retrouvé son jeu associé au général Makelele, heureux de revoir Thuram dans la surface de réparation adverse, heureux que Ribery ait enfin concrétisé de belle manière ses dépenses d'énergie parfois un peu brouillonnes, heureux que Sagnol ait montré qu'il était bien l'un des meilleurs arrière-droit du monde, heureux que Zidane - même s'il n'a plus l'emprise sur le jeu qui était la sienne - prouve que ces jambes de « vieux » lui permette encore de marquer un but ; heureux enfin de voir onze joueurs formés une seule et unique entité, une équipe, solidaire et combattante où le tout est supérieur à la somme des individualités.

Ressources et références :

Titre
A casa, como siempre
Auteurs
  • ANAT
Éditeur
Marca
Date
Titre
La España de toda la vida
Auteurs
  • R. BESA
Éditeur
El Paìs
Date
Titre
Zidane y España : Sólo puede quedar uno
Auteurs
  • DPR
Éditeur
El Mundo
Date