Quand le politique veut dire la science...

Cela ne donne jamais rien de bon. Nous en avons eu un exemple parfait en France avec le projet de loi soulignant les « aspects positifs » de la colonisation. Mais voici que cette tentation touche même la vénérable institution de la NASA.

C'est l'astronome Phil Plait qui se fait l'écho d'une telle dérive dans un récent billet de son blog, reprenant et commentant les propos tenus par plusieurs scientifiques, notamment dans deux articles du NYT.

On y apprend que George Deutch, un responsable des relations publiques à la NASA, aurait supprimé des informations dans le rapport d'un chercheur consacré au réchauffement climatique. Quand on sait que Deutch a fait partie du staff de la campagne présidentielle de Bush/Cheney en 2004 et qu'on connaît la position de l'administration Bush sur le sujet, on peut voir là une tentative de modifier des données scientifiques pour les accorder aux choix politiques en vigueur aux États-Unis d'Amérique. Plus prosaïquement, cela s'appelle de la désinformation.

Encore mieux : en octobre dernier, Deutch a envoyé un mémo aux webmestres responsables d'un projet web éducatif consacré à Albert Einstein pour qu'ils insèrent devant le terme « Big Bang » le mot « théorie ». Cela peut paraître judicieux puisque le Big Bang est effectivement une théorie scientifique. Néanmoins, il faut se rappeler que le mot « théorie » (theory) a en anglais une signification sensiblement différente qu'en français, et tend plus vers « ce dont on n'est pas certain » que vers « ensemble de savoirs soutenus par des vérifications expérimentales ». Cette précision sémantique prend aussi une toute autre tournure lorsqu'on lit le reste du mémo. Deutch y explique en effet que le le Big Bang n'est pas un fait prouvé, mais une opinion. Nous voilà en rhétorique connue : insister pour que les théories scientifiques ne soient pas présentées comme un corpus de savoir soutenu par l'expérience mais comme une explication parmi d'autres, et donc ouvrir la portes à des « théories » alternatives, c'est l'arme préférée du créationnisme.

Comme le souligne Plait, ces intrusions antiscientifiques se sont multipliées ces dernières années aux États-Unis. Elles deviennent de plus en plus pressantes et nombres de scientifiques s'en émeuvent sur leurs sites web personnels. La France (l'Europe) échappe pour le moment à ce mouvement, sans doute un peu grâce à cette loi de 1905 que certains aimeraient revisiter. Mais ne baissons pas la garde, et ne nous croyons pas à l'abri de telles dérives. Le projet de loi visant à réécrire l'histoire à la place des historiens en est la preuve.

Devant un tel abandon de la raison devant la croyance et le dogmatisme, une seule position doit être défendue, la fermeté :

So I’ll be very, very clear here. What we’re talking about here is scientific McCarthyism; the pressuring of scientists to toe the party line. Anyone in the government who does this to someone else — especially to a scientist, whose goal is open discourse and the uncovering of truth — should be removed from their position, immediately.

Phil Plait, « Outrage at attacks on NASA science », Bad Astronomy Blog, 04 février 2006.

Mise à jour (08/02/2006) : George Deutch a démissionné de son poste au service des relations publiques de la NASA, non pas à cause des propos tenus mais parce qu'il aurait menti sur son CV.

Références :