Le verre à moitié vide...

C'est finalement un « non » net (54,87%) et massif (70% de participation) que les Français ont décidé de dire à la proposition de Traité Constitutionnel Européen (TCE).

Résultat prévisible si l'on tenait compte des sondages depuis quelques semaines. Un « tremblement de terre » à la 21 avril 2002 tout de même qui met en lumière beaucoup de problèmes et de questions - surtout nationaux - qu'un simple « oui/non » ne pouvait résoudre.

1. La dichotomie de la gauche tout d'abord : certains ont vu le verre à moitié plein, d'autres à moitié vide. Jusqu'à présent, une majorité de sympathisants socialistes avait l'habitude de le voir à moitié plein. Hier, elle a considéré - à tort ou à raison - que cela suffisait.

La Présidentielle (2002), les Régionales, les Cantonales, les Européennes (2004) et maintenant le référendum… Trop, c'était trop !

Quoi qu'on en dise, il parait évident que le référendum s'est plus joué sur des questions de politique intérieure que sur des perspectives européennes. Cela ne veut pas dire que le oui serait forcément passé si la situation du pays avait été différente, juste que la droite et le gouvernement portent une énorme responsabilité. Le raisonnement de beaucoup a été limpide : le TCE, c'est la politique de Raffarin à l'échelle européenne !

L'arrogance du pouvoir (un bon non, c'est un non qui s'abstient), le matraquage politico-médiatique qui frôlait par moment la propagande éhontée et la diabolisation manichéenne du débat ont fait le reste.

En attendant, la Gauche française est devant un débat idéologique interne « capital ».

2. Un deuxième point dés plus problématique, c'est la remise en cause violente de la démocratie représentative. Si le traité avait été ratifié par le Parlement, 80% des députés l'auraient validé. Le référendum a montré que l'opinion du peuple français était plus nuancée.

Sur les plateaux de télévision ce dimanche soir, peu de politiques souhaitaient aborder le sujet, renvoyant dans les cordes ceux qui tentaient de le mettre sur la table par des « populistes » et des « vous jouez un jeu dangereux ».

Oui : la remise en cause des principes démocratiques est un exercice dangereux. Faire l'autruche depuis trois ans ne l'est-il pas tout autant ?

Le problème n'est pas tant la manière dont le peuple est représenté que de savoir qui le représente. Tant que la grande majorité de « l'élite » sera issue d'un même milieu socio-économique, le divorce entre dirigeants et dirigés subsistera.

Ils finiront par comprendre que c'est bien la rue (le peuple) qui doit - au final - gouverner. Il faut juste espérer que cela se fasse par des voies démocratiques.

3. Reste un malaise dans le camp du non qu'il est tout aussi artificiel de nier : si les préoccupations économiques et sociales furent les principales causes du rejet par la gauche, n'oublions pas la branche des nationalistes anti-européens.

Et un léger malaise s'installe quand on voit certaines figures politiques appelées de leurs voeux un non hollandais ou anglais, alors que tout le monde sait que ce non là est un non euro-sceptique voir ultra-nationaliste et pas un non de « plus d'Europe sociale ».

4. Le résultat de ce référendum était d'une extrême importance pour l'avenir du pays et de l'Europe, et on n'en comprendra toutes les conséquences que dans quelques années.

J'aimerai croire que le refus du TCE était la bonne solution, et que s'ouvre devant nous un avenir plus radieux.

Aux vues du balai médiatico-politique de ce lundi matin, je crains que (1) - comme lors des consultations précédentes - cela ne change strictement rien à la situation intérieure (non, Chirac ne partira pas ; oui, le successeur de Raffarin sera un homme de la droite libérale), mais (2) que cela marque durablement la manière d'envisager la collaboration et la vie en commun au niveau du continent.

J'ai toujours eu tendance moi-aussi à voir le verre à moitié vide...

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