L'année 2004 commence plutôt bien !

Le début d'année 2004 a été marqué par trois évènements scientifiques d'envergure. Cela a commencé en fin d'année dernière, avec l'arrivée aux abords de Mars de la sonde européenne Mars Express. Sa mission était de deux ordres: se placer en orbite autour de la planète rouge afin de cartographier la surface et le sous-sol pour en connaître l'histoire géologique ; mais surtout de larguer un petit robot, Beagle 2 le bien nommé, afin de trouver des traces de carbone dans le sous-sol de Mars.

Tout a été finement pensé, jusqu'à l'arrivée de Beagle 2 sur le sol martien le 25 décembre. Malheureusement, si la sonde s'est bien placé en orbite comme prévu, Beagle 2 a eu un arénissage plus problématique: aucune nouvelles de lui à l'heure prévu, ni les jours suivants. Ses instruments ont-ils été détériorés lors de l'entrée dans l'atmosphère ou s'est-il tout bonnement écrasé? Difficile de le savoir. Les scientifiques de l'ESA tenteront une dernière fois d'entrer en contact avec lui le 07 janvier. D'ici là, wait and see, mais l'espoir est vraiment mince...

vue panoramique de Mars par le robot Spirit

Première vue panoramique de Mars par le robot Spirit. Une plaine de sable et de cailloux, mais qui se trouve à plus de 150 millions de km d'ici ! Voir l'image originale. © NASA.

Alors que la joie des européens était atténuée par ce demi-echec (ou demi-succès, c'est selon: Mars Express est tout de même la première sonde du vieux continent à atteindre la planète rouge), la NASA pouvait sabrer le champagne devant la réussite de son programme Mars Exploration Rover (MER).

Lancée en juin 2003, la mission a amené sur le sol martien un petit robot portant le doux nom de Spirit, avec pour lourde tâche de succéder à son illustre prédécesseur Mars Pathfinder dans la récolte d'images et l'analyse d'échantillons du sol. Spirit devrait bientôt être rejoint par son jumeau, Opportunity, aux alentours du 25 janvier. Ils ne seront alors pas trop de deux pour mener à bien la quête qui sous-tend la plupart des missions martiennes : la recherche de l'eau et, par voie de conséquence, celle d'une éventuelle apparition de la vie dans le passé de cette planète. A ce titre, le site d'arénissage de Spirit, le cratère Gusev, n'a pas été choisit à la légère : les géologues du JPL estiment en effet qu'il pourrait s'agir d'un ancien lac asséché. Jusqu'à présent, toutes les études menés n'ont pas apportés de résultats vraiment concluant. Espérons que les trois mois de recherches qui s'annoncent pour Spirit et Opportunity aient une conclusion plus heureuse.

Enfin, moins médiatique mais tout aussi important : ce succès de la NASA a été précédé quelques jours plus tôt par une autre réussite de taille, à savoir la rencontre entre la sonde Stardust et la comète Wild-2. Là aussi, le projet était d'envergure : ramener des échantillons de poussières de la comète sur Terre, chose qui devait être fait en janvier 2006 avec le retour de la sonde.

Ce succès de Stardust aura à certains égards plus d'impact que l'arrivée des sondes martiennes. Les comètes renferment dans leurs entrailles la matière qui constitua notre système solaire il y a environ 4,6 milliards d'années. Et on considère qu'elles auraient pu jouer un rôle primordial dans l'apparition de la vie sur Terre, à peine 800 millions d'années après sa formation, en y apportant les briques essentielles à la chimie organique. Les quelques grammes de poussières que Stardust ramène avec elle sont bien plus inestimables que les plus belles des pierres précieuses.

L'année 2004 commence donc plutôt bien dans le domaine de l'exploration spatiale. Et les mois qui viennent promettent d'être riches en enseignements. Mais dans ces trois glorieuses réussites scientifiques, il s'agit moins de connaître dans le détails la géologie de Mars ou la constitution chimique du système solaire primordial que de répondre à l'éternelle question, celle qui anime toutes les religions du monde depuis des millénaires et dont la science s'est emparée aujourd'hui: qui nous sommes, et d'où venons nous. Assez ironique, en fin de compte...