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Publication

Couverture

Divers

Achat
Prix
7 €
Lu

Edition

Editeur
Seuil
Date
Langue
Français
Format
Poche
Pages
271
ISBN
978-2-02-048493-0

Original

Titre
Todos os nomes
Sous-Titre
Editeur
Editorial Caminho
Date
Langue
Portugais

Résumé

Lu en 5 jours, du 20 au 24 avril 2009 dans le RER et le bus, en allant et en revenant du boulot.

Commentaires

La répartition des tâches entre les différents employés satisfait à une règle simple, les éléments de chaque catégorie ont le devoir d'abattre autant de besogne qu'ils le peuvent, afin de n'en transmettre qu'une part infime à la catégorie suivante. Cela signifie que les préposés aux écritures doivent trimer sans répit du matin jusqu'au soir, tandis que les officiers d'administration travaillent de temps en temps, les sous-chefs de loin en loin seulement, et le conservateur presque jamais.

p.12

Monsieur José est un préposé aux écritures au conservatoire général de l'Etat Civil tout ce qu'il y a d'ordinaire. La routine fonctionnaire, très stricte et hiérarchisée, et monsieur José n'y échappe pas. Une vie terne, sans femme ni amis, dans une modeste baraque accroché au Conservatoire. La seule "exubérance" dans la vie de monsieur José, c'est sa collection d'articles de journaux consacrée aux personnes célèbres. xxxx récupérer au Conservatoire des informations complémentaires sur les 100 personnages les plus connus du pays.

Mais comment faire ? Et bien il y a cette porte condamnée dans le salon de sa maison, datant de l'époque où les employés habitaient près du Conservatoire et qui donne directement à l'intérieur du bâtiment. Alors un soir, monsieur José ouvre la porte, xxxx récupérer les fiches des 100 personnages célèbre. Sauf qu'il récupère par mégarde la fiche d'une parfaite inconnue : 36 ans, divorcée, née dans la ville.

Obsédé par cette femme, il va essayer de la retrouver, d'aller au-delà des quelques informations répertoriées sur la fiche, 36 ans, divorcée, pour découvrir qui est vraiment cette femme.

Il se rend à son adresse de naissance. Pour justifier sa curiosité, il invente une mission au nom du Conservatoire afin de pouvoir poser des questions. Ses parents ont bien-sur déménager, mais il fait la connaissance d'une vieille femme, la « dame du rez-de-chaussée à droite », qui l'accueille amicalement. Il apprend qu'elle est la marraine de la femme, qu'elle a eu une aventure avec son père et que c'est pour ça que la famille a déménagé il y a près de 30 ans.

Cette quête commence à ce faire ressentir dans son travail, bâclé, et monsieur José est bientôt convoqué par le conservateur qui s'inquiète, chose rare et inhabituelle, de l'état de santé de son employé.

Ensuite, il entre par effraction dans l'école où la femme a effectué la plus grande partie de sa scolarité. Il y récupère ses fiches d'inscription. Les informations sont intéressante mais son escapade nocturne à un prix : monsieur José tombe malade ; un grippe qui l'oblige à prendre un arrêt maladie d'une semaine. Là encore, le conservateur enfreint toutes les coutumes en venant prendre de ses nouvelles et en lui faisant apporter à manger.

Il reprend le travail mais il ne semble pas tout à fait remis. Le conservateur lui conseille donc de prendre quelques jours de vacances. Monsieur José va pour refuser mais il comprend vite comment il pourra occuper ses jours de congé : poursuivre son enquête sur la mystérieuse femme. Il n'apprendra rien de nouveau, n'osant se rendre à la dernière adresse indiquée sur les fiches scolaires ou téléphoner à ses parents ou son ex-mari.

Monsieur José reprend donc le travail, dépité, consumé par cette obsession. Et un jour, sans que rien ne l'annonce, alors qu'il remplit son office, il tombe sur un avis de décès. Celui de la femme.

La mystérieuse femme est donc morte. Elle s'est suicidée. Pour monsieur José, c'est la fin de tout. Mais il pense qu'il doit tout de même faire quelque chose. Il retourne voir la dame du rez-de-chaussée à droite pour lui annoncer la nouvelle. Il apprend qu'elle a été en contact avec sa filleule après qu'ils se soient vu la première fois. Monsieur José fini par avouer la vérité à la vieille dame : ces visites ne sont pas dû à une mission pour le Conservatoire, mais juste parce qu'il souhaitait connaître cette femme.

Par ailleurs, on Conservatoire, le conservateur réunit tous ses employés pour leur faire savoir que des changements vont avoir lieu : à partir de maintenant, les fiches de morts seront mélangées à celles des vivants (l'histoire du sou-chef qui souhaitaient rapprocher les fiches des morts les plus récents de celles des vivants, ou celle d'une chercheur qui s'était perdu pendant près d'une semaine dans le dédale des fiches des morts).

Finalement, monsieur José se décide à se rendre au cimetière, une immense nécropole sans murs, pour y trouver la tombe de la femme inconnue. Il y rencontre un berger qui lui explique qu'il échange les noms sur les tombes des suicidés et, bizarrement, après avoir été choqué, monsieur José comprend le sens de son acte.

Il ne sait pourtant toujours pas pourquoi la femme s'est suicidée, pourquoi elle était malheureuse. Un lundi, alors qu'il doit aller travailler, il décide de se rendre chez ses parents, toujours avec son histoire d'enquête pour le conservatoire (cette fois-ci pour mener une étude statistique sur le suicide afin d'améliorer la prévention). Ils ne lui apprennent pas grand chose, si ce n'est qu'elle était prof de maths dans le collège où elle avait étudié ; et en retournant dans cette école, par la grande porte cette fois-ci, il se rend compte que s'il avait fouillé dans les fiches des employés et pas uniquement dans celles des anciens élèves, il aurait pu retrouver la femme avant qu'elle ne se suicide.

La mère de la femme lui confie les clefs de l'appartement de sa fille ; monsieur José espère y trouvé un indice qui expliquerait son geste de désespoir. Mais rien.

Ici avait vécu une femme qui s'était suicidée pour des raisons inconnues, qui avait été mariée et avait divorcé, qui aurait pu aller habiter chez ses parents après son divorce mais qui préféré vivre seule, une femme qui avait été comme toutes les femmes une fillette et une jeune fille, mais qui déjà en ce temps-là, d'une certaine façon indéfinissable, était la femme qu'elle était devenue, un professeur de mathématiques qui avait eu son nom de femme vivante à l'état civil à côté des noms de toutes les personnes en vie dans cette ville, une femme dont le nom de morte était revenu dans le monde des vivants parce que notre monsieur José était aller le repêcher dans le monde des morts, seulement le nom, pas elle, car un préposé aux écritures n'a pas ce pouvoir.

p.263

Dépité, monsieur José rentre chez lui. Pour découvrir que le conservateur l'y attend. Il a deviné le manège de monsieur José depuis longtemps, et il comprend ce qui l'a poussé à faire cela ; à fabriquer de faux papiers, à rechercher cette femme. Pour le conservateur, sa quête n'est pas fini : il doit encore retrouver l'avis de décès de la femme, pour le détruire et la ramener du côté des vivants.

Une écriture dense faite de longues phrases, de « dialogue à la volée », ce qui donne un aspect presque inquiétant à la page : de long pavés de texte sans blanc, et l'on se demande où l'on va pouvoir reprendre son souffle. Heureusement, le verbe de Saramago est souvent léger, les virgules faisant office de point de repos et de repère, si bien qu'on peut se lancer dans de longues randonnées de plusieurs pages sans craindre de s'y perdre.

Un sentiment de désolation, de déshumanisation devant la bureaucratie qui rappelle souvent le film Brazil.

2009-05-10