L'aventure titanesque de Cassini-Huygens

Difficile de passer à côté : la couverture médiatique de l'épopée de la sonde Cassini-Huygens.

Les mois de janvier semblent être une période plutôt faste en matière d'aventures scientifiques. En 2004, c'était le débarquement sur Mars qui assurait le spectacle. Cette année, les projecteurs médiatiques se sont braqués vers Titan, satellite de Saturne. Revenons quelques instants sur l'événement, pas forcément sur ce qu'il implique scientifiquement parlant mais sur la manière dont il a été traité et perçu.

Arrivée de Huygens sur Titan

Vue artistique de l'arrivée du module Huygens sur Titan. (Crédits: ESA / D. Ducros)

1. Déjà vu

D'abord, et contrairement à ce qui a été dit dans certains médias, il ne s'agit pas de la première fois que l'on va si loin dans l'espace. Les sondes Voyager et Pionner ont déjà rendu visite à Saturne, Uranus et Neptune et voguent aujourd'hui hors de notre système solaire.

Par contre, c'est effectivement la première fois que l'on se pose sur un astre aussi éloigné. Nous n'avions jusque là foulé le sol que de 3 corps, les plus proches de notre planète : la Lune, Vénus et Mars. Et quand on se rappelle les ratés de nombreuses missions vers la planète rouge, la "banlieue" de la Terre, Cassini-Huygens apparaît autant comme un succès scientifique que technique.

Mais c'est une loi du genre dans le domaine médiatique : pour attirer les foules, il faut toujours que ce soit « plus loin, plus fort, plus vite » que tout ce qui a précédé… Un discours plus nuancé serait à coup sur trop rébarbatif: la science, comme n'importe quel autre savoir, doit maintenant être punchy et « bankable ».

2. Retard à l'allumage pour les louanges

Rappelons aussi que la pluie de louanges qui s'abat aujourd'hui sur la NASA et l'ESA n'était pas vraiment de mise au départ.

En automne 1997, des groupes écologistes faisaient peser de sérieuses menaces sur le lancement de la sonde : la trentaine de kilogrammes de plutonium embarqués pour servir de source d'énergie laissaient craindre - selon eux - une catastrophe écologique si la fusée Titan emportant la sonde hors de l'atmosphère explosait en vol. Les médias ne se sont pas gênés pour relayer avec excès cette peur qui, sans être totalement infondée, avait été fortement et abusivement exacerbée.

Et n'oublions pas les récurrentes complaintes sur le prix prohibitif du projet (prohibitif par rapport à quoi, par rapport à qui ?!).

3. Dérive sémantique

Dernière remarque concernant une certaine dérive sémantique assez courante en matière de vulgarisation scientifique : un journaliste ou un animateur télé interview un chercheur qui, pour simplifier son propos, explique que l'analyse de la chimie de Titan permettra de mieux comprendre ce qui s'est passé sur Terre lors de l'apparition des premières formes de vie.

Ceci est déjà un raccourci, souvent accompagné d'une explication plus technique qui passe malheureusement à la trappe lors du montage du reportage ou de l'écriture de l'article. On ne retient ensuite que l'image ; on résonne à partir de ce raccourci et on obtient au final la dérive sémantique tant redoutée: de l'analyse d'une chimie prébiotique on a glissé vers la recherche de traces de vie, tant est si bien que certains s'attendent presque à ce que Huygens nous ramène des photos de petits hommes verts.

4. En attendant la suite

Enfin, revenons à l'essentiel. Après 7 ans de voyage, Cassini est arrivé aux abords de Saturne début juillet 2004. Le module Huygens plongea lui dans l'atmosphère de Titan le 14 janvier 2005 pour une descente d'un peu plus de deux heures. Les données recueillies durant la descente puis à la surface de Titan seront décortiquées dans les jours et les semaines qui viennent, mais déjà ces images d'un monde distant de plus d'un milliard de kilomètres laissent les scientifiques perplexes. Les articles de synthèse qui s'annoncent seront des plus intéressants à lire.

Premières images de la surface de Titan

Premières images de la surface de Titan, 14 janvier 2005 (ESA / NASA / Université de l'Arizona)
1. Image prise à 16.2 km d'altitude montrant ce qui pourrait être un réseau de canaux menant à un rivage.
2. Image prise à 8 km d'altitude montrant ce qui pourrait être le lieu "d'atterrissage" avec des rivages, des terres élevées et des plaines inondées.
3. Image prise au sol montrant des blocs de glace. Les plus proches ont une taille de l'ordre de la quinzaine de centimètres.

5. Ressources