Tablette BQ Aquaris M10 édition Ubuntu

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J'avais envie d'acheter une tablette depuis plusieurs mois mais, comme pour le téléphone, j'ai attendu que des solutions libres fassent leur apparition ; je ne voulais acheter ni du Apple, ni du Google, ni du Microsoft. Pour le téléphone, ce fût le ZTE Open C sous FirefoxOS acheté 90 € en septembre 2014 ; je l'utilise encore aujourd'hui et j'en suis plutôt satisfait, surtout depuis que je l'ai rooté pour installer la version 2 de l'OS fournit par la communauté mozilla francophone(1) ; faut dire aussi que mes besoins en la matière sont des plus limités : téléphoner, envoyer des SMS, prendre des photos ou surfer sur le web de tant à autre. Pour la tablette, c'est donc la BQ Aquaris M10 tournant sous Ubuntu sortie il y a quelques jours. 280 €, un matériel aux spécifications plutôt convaincantes et une campagne marketing de la part de Canonical assurant que l'on aurait l'équivalent de l'Ubuntu Desktop sur tablette ont finit par me convaincre.

D'abord, disons tout de suite que je ne suis certainement pas l'utilisateur idéal pour une tablette : un outil informatique n'est pas pour moi une simple visionneuse (de photos, d'images ou de vidéos), ce qui semble être aujourd'hui la raison d'être des tablettes et de plus en plus des ordinateurs en général. J'aime bidouiller / personnaliser. C'est en partie pour ça que je souhaitais attendre l'arrivée d'un vrai système libre dans le monde du tactile avant d'acheter un tel prériphérique. J'ai pensé un moment que se serait FirefoxOS mais ce fût Ubuntu. Peu importe : j'ai utilisé le système de 2005 à 2011 et même si l'environnement graphique a beaucoup changé (ce qui fût d'ailleurs l'une des raisons de son abandon), je ne craignais pas d'être dépaysé. Cependant, autant je n'avais pas d'attentes particulières niveau téléphone quand j'ai pris le ZTE avec FirefoxOS, autant ici je voulais vraiment ce qu'annonçait / sous-entendait Ubuntu : la version desktop du système sur une tablette.

La déception n'en est que plus grande : la tablette Aquaris M10 sous Ubuntu est proprement un outil inutilisable si ce n'est pour regarder des vidéos.

Interface graphique

Passons rapidement sur le matériel en lui-même car je n'ai rien à en dire : bon, sans plus. J'ai pris la version FHD avec une résolution de 1920x1200 ce qui est sans doute trop pour un écran de 10 pouces (ça ne sert fondamentalement à rien une telle résolution sur une si petite surface)

La frustration vient d'abord de l'interface graphique, cette fameuse interface graphique qui avait provoqué un « schisme » il y a quelques années, Ubuntu abandonnant Gnome au profit d'un logiciel fait maison, Unity. L'argumentation de l'époque était clair : Gnome n'était pas adapté aux nouveux supports tels les téléphones ou les tablettes alors on allait voir ce qu'on allait voir, Unity serait une interface unique qui fonctionnerait aussi bien sur le petit écran d'un téléphone qu'un moniteur HD de 24 pouces. Et bien j'ai vu et c'est dramatique !

Avec Gnome, même si les premières version de la branche 3, elle aussi pensée en ayant le tactile à l'esprit, étaitent merdiques (comparées à ce à quoi on était habitué avec Gnome 2.3), le système n'a pas cessé d'évoluer pour arriver depuis 2 ans à peu près à quelque chose de vraiment bon. Ici, avec cette tablette, j'ai l'impression de revenir en arrière et que 5 ans de développement n'ont pas rendu Unity plus mature ou plus utilisable. Il n'y a pas le moindre outil de personnalisation ce qui rend l'interface presque inutilisable par le manque de contraste : fond blanc cassé avec une couleur de police grisâtre ; avec une résolution aussi importante, il faut souvent pousser la luminosité de l'écran aux maximum pour voir quelque chose, et là c'est les yeux qui crâment.

Pauvreté applicative

Rien donc pour changer les couleurs, augmenter la taille de la police ou changer le fond. Mais rien aussi côté applications et c'est sans doute là le plus gros problème. On nous a vendu la tablette comme étant Ubuntu en tactile (en tout cas c'est comme ca que je l'ai compris) mais les dépôts Ubuntu Touch sont d'une pauvreté affligeante. On a donc absolument pas accès à tout ce qui fait la richeesse des distributions Linux en général et d'Ubuntu de particulier. Canonical a donc réussit un tour de force extraordinaire : copier le pire des plateformes privatives (système cloisonné peu bidouillable) et supprimer le meilleur des plateformes libres (la richesse applicative). Du grand art !

Ainsi, la tablette vient par défaut sans explorateur de fichiers et celui que l'on peut installer est d'une pauvreté affligeante. Aucun lecteur de pdf non plus ! Encore un mauvais point vu que l'achat à aussi été conditionné par ma volonté de passer au format numérique pour tout ce qui est bédé et romans. Hors, ici, aucun outil disponible pour lire correctement des PDF, des archives cbz ou des epub ; lire correctement, ça veut dire ouvrir un fichier à l'endroit où on l'avait laissé à la précédente lecture, pouvoir zoomer, annoter, etc. Tout ce que fait un outil comme Evince par exemple, absent des dépôts Ubuntu touch évidemment. Le seul logiciel disponible, Beru, est souvent incapable d'afficher les images dans le bon ordre, ne possède pas de zoom et adopte ce putain de paradigme à la mode consistant à présenter le contenu d'un dossier de manière plate sans tenir compte de l'organisation hiérarchique sous-jacente (sous-dossiers)… Par contre, des merdes pour se connecter à Facebook, Twitter ou autre Instagram, ça, pas de problèmes...

Enfin, ne parlons pas d'applications comme Gedit, Firefox, Libre Office ou Gimp, totalement inutilisables en mode tactile. C'est un bug connu et en cours de traitement mais tout de même...

Dans cet océan de déception, à peine quelques rares ilôts accueillants : une application permettant de lire le journal du CNRS et une pour ArteTV. Bien maigre...

Conclusion

Everything you need from a PC — in a tablet. Voilà ce qui est annoncé en page d'accueil d'Ubuntu pour tablette. La pafaite punchline marketing à la con ! Et je m'y suis laissé prendre.

Conclusion : très déçu par cette première tablette sous Ubuntu. Je ne la conseillerais pas à madame Michu et encore moins à un utilisateur Linux. 280 € pour être un bêta testeur, c'est vraiment très cher payé.

Autre conclusion : un 10 pouces, c'est sans doute trop petit pour lire de la bédé et trop grand pour lire des textes. Et moi qui pensait ne jamais utiliser la position verticale de mon nouveau moniteur...

La nouvelle Ubuntu Phone, OTA-11, basée sur la 16.04, devrait sortir fin mai. Espérons que cela améliore les choses… Si ce n'est pas le cas, j'envisagerai très sérieusement d'installer Androïd !

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