Quitter Ubuntu ?

La dernière version d'Ubuntu (Natty Narwhal) est sortie le 28 avril, avec un changement radical d'interface graphique. J'ai mis à jour ma machine ; j'ai testé ; mon ordinateur est devenu quasiment inutilisable et c'est la première fois sous Linux que je me suis sentis prisonnier du système d'exploitation. Je suis revenu en arrière, et je pense même à changer de distribution...

Capture d'écran

Nouvelle interface graphique pour sur Ubuntu 11.04.

Cette nouvelle interface, unity, était auparavant réservée à la version d'Ubuntu destinée aux netbooks ; les choix ergonomiques pouvaient alors se justifier par la petitesse des écrans. Mais là, avec un ordinateur de bureau et un moniteur qui n'est pas particulièrement grand (19 pouces), comment dire… Alors Unity c'est, en vrac :

  • Place à de gros boutons en barre latérale (Unity Launcher), des fois que l'on ne sache pas comment utiliser un menu pour lancer une application.
  • Un tableau de bord devenu quasiment inutile vu que l'on ne peut apparemment rien y placer (j'y ai d'habitue un gestionnaire de tâches - Hamster, un applet d'activité du réseau, le moniteur système et sensor applet).
  • La barre de menu des applications qui disparaît pour être placée dans ce tableau de bord (Global Menu) et qui ne s'affiche que lorsqu'on passe la souris dessus (sic !).
  • Disparition du clic droit (ou presque), si bien qu'on ne peut savoir ce que lance précisément une icône sur laquelle on clique.

Après des premiers tests plutôt encourageant sur mon ultra-portable, j'avais tout de même abandonner Unity, y compris dans ce cas là, parce que cela réduisait fortement ma maîtrise de l'engin. J'avais espéré que 6 mois plus tard, les choses auraient évoluées dans le bon sens. Ce n'est pas le cas.

On devine d'où viennent la plupart des choix architecturaux de ce nouveau paradigme d'interface graphique : du téléphone mobile et des tablettes tactiles ! Et avec lui, le système d'exploitation a tendance à (re)devenir un simple terminal de consultation ; il est peu à peu réduit à ses fonctionnalités ludiques de lecteur multimédia, tout comme les navigateurs web deviennent de simple interfaces de connexion à Face-de-Bouc ou YouTube. Les Guignols de l'Info ouvrent tous les jours leur journal par un Vous regardez l'ancêtre d'internet ; il semble que le PC lui soit en train de devenir un combo TV + chaine HiFi + lecteur DVD et rien de plus. On abandonne l'apprentissage des utilisateurs pour qu'ils puissent devenir maître de leur outil informatique en présentant l'ordinateur aussi simple à utiliser que la télécommande d'une télévision. Il sera sans doute possible de retrouver une certaine liberté et personnalisation de son espace de travail par configuration, mais cette tendance est de plus en plus gênante.

A cela s'ajoute les précédents choix de distribution plus que discutables, comme la suppression du Gimp, et surtout le fait que l'environnement de bureau Gnome, sur lequel repose Ubuntu, a suivit une mutation similaire : Gnome Shell, intégrée dans Gnome 3.. Pourquoi dés lors développer une solution alternative qui n'est pas à proprement parlé une amélioration ? Gnome Shell n'est pas exempts de défauts mais voilà quelques avantages - là encore en vrac - par rapport à Unity :

  • Une interface encore pensée pour des utilisateurs qui ouvrent plusieurs applications en même temps (j'en ai constamment quatre ouvertes au minimum) et qui travaillent/produisent/fabriquent avec leur ordinateur ; celui-ci n'est pas (uniquement) considéré comme un visionneur de média ou un terminal de surf sur le web.
  • C'est l'évolution native de Gnome. Que l'on soit d'accord ou pas, c'est ce que l'on retrouvera dans la majorité des autres distributions Linux basées sur cet environnement de bureau ; Unity est - et restera sans doute - spécifique à Ubuntu. Malgré les ressemblances entre Gnome Shell et Unity, dépenser de l'énergie pour maîtriser ce dernier signifiera une dépendance toujours plus forte à la distribution - surtout qu'il est très problématique voir impossible d'avoir les 2 environnements en même temps - ce qui fait un peu penser à du « vendor lock-in » en cours ailleurs (Microsoft, Apple, ...).
  • La personnalisation de l'interface graphique peut se faire avec des CSS et du javascript, et ça c'est cool pour un développeur web  :-) !

Je me suis donc sentis prisonnier, comme expliquer plus haut, et j'ai fait ce dont jamais je n'avais éprouvé le besoin en presque 10 ans d'utilisation de Linux : installer différentes distributions pour comparer ! Je ne suis pas un « bidouilleur hardcore » qui prend son pied à recompiler des noyaux linux ; je veux juste un environnement de travail où je me sente libre de faire à peu près tout ce que je veux ; dés lors, de simples tests avec des Live CD étaient jusque-là largement suffisant. Ubuntu 11.04 m'a cependant profondément déçu. Je suis revenu en arrière (Ubuntu 10.10) pour avoir une machine fonctionnelle et je suis dorénavant en quête d'une alternative, car je ne veux pas attendre 6 mois (1) pour bénéficier de Gnome 3, GTK 3, Gedit 3 (surtout Gedit 3). Donc :

  • Soit je migre vers Fedora et abandonne Ubuntu ; ce ne serait pas un drame. J'ai installé la Fedora 15 beta qui fournit Gnome 3 et elle est plutôt agréable à utiliser. J'ai quelque fois l'occasion de me connecter à des Fedora/Red Hat au boulot mais uniquement en ligne de commande. La perte de repères induit par un changement de distribution(2) associée à la modification radicale que constitue l'interface graphique de Gnome 3 risque tout de même d'engendrer un temps d'adaptation conséquent.
  • Soit je reste sur Ubuntu mais j'utilise le fork récemment créé Ubuntu Gnome Remix. Cela m'évitera au moins le travail d'adaptation à une autre distribution. Cette version risque cependant d'être instable, et avec une équipe restreinte pour la maintenir, le travail au quotidien peut s'en ressentir. Pas de danger de ce type avec Fedora.
  • Soit il se peut que le nouveau paradigme graphique ne me convienne pas et que je me retrouve à installer une Xubuntu !

Alors voilà, c'est fini... ?

TimeLine Linux
  • 2000 : Découverte de Linux
  • 2003-2005 : Windows/Mandrake-Mandriva
  • 2005-2011 : Ubuntu
  • 2011-(?) : (Ubuntu Gnome Remix|Fedora|Xubuntu)

BACON, Jono. Ubuntu 11.04 To Ship Unity. jonobacon@home,

HARTLEY, Matt. Why Is Ubuntu's Unity Squeezing out GNOME 3 ?. Datamation,

NEKOHAYO. Pourquoi je quitte Ubuntu pour Fedora. Nekohayo !,

RYAN, Paul. A shiny new ornament for your Linux lawn: Ars reviews GNOME 3.0. ars technica,

RYAN, Paul. Riding the Narwhal: Ars reviews Unity in Ubuntu 11.04. ars technica,