Watchmen au cinéma ?!

Les rumeurs se font de plus en plus précises. On n'ose y croire. Et pourtant, il semble bien que l'adaptation cinématographique d'un des monuments de la bande dessinée américaine soit sur les rails.

Planche de la BD Watchmen

Watchmen 1, p.23. Alan Moore, Dave Gibbons. © DC Comics, 1986.

Les 12 numéros de Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons furent publiés en 1986 et 1987 par l'éditeur DC Comics et dés le début des années 90, de nombreux auteurs voulurent porter ce monument sur grand écran. Ce n'est pourtant qu'en 2001 que le premier script vraiment aboutit à vu le jour sous la plume de David Hayter, déjà impliqué dans les scenarii des deux X-men. Aujourd'hui, la Paramount a décidé de confier les destinées cinématographiques des "Gardiens" à Paul Greengrass, réalisateur en autre du film d'action La mort dans la peau (The Bourne supremacy) en 2004, avec Matt Damon.

Je ne cesse de le répéter: la bande dessinée sur grand écran est une mode qui ne semble connaître actuellement plus aucune retenue. On a eu du bon, on attend de l'aussi bien, mais ce qui s'annonce témoigne déjà des limites de l'exercice, non pas tant par la difficulté de l'adaptation que par l'apparent manque de talent et de culture du médium des personnes impliquées.

Mais ici on franchit une nouvelle étape, on touche à tout autre chose. Watchmen est intrinsèquement, viscéralement et indécrottablement un comic book, de part sa thématique mais surtout par sa construction! Jamais une adaptation cinématographique ne pourra rendre le séquençage, la composition, l'équilibre graphique et narratif des pages. Jamais un film ne pourra dialoguer avec l'histoire du comic book, l'archétype dominant du "super héros" et les problématiques qu'il soulève comme Watchmen le fait. Jamais le travail de Greengrass et Hayter ne produira dans le monde du cinéma un électrochoc tel que l'a fait celui de Moore et Gibbons dans la bande dessinée anglo-saxonne. Peu importe le talent et la volonté de bien faire: Watchmen parle de comic book et l'histoire qu'il raconte n'a de sens que dans un comic book !

Alors des personnages comme Rorschach ou le Comédien offriront - n'en doutons pas - l'occasion à leur interprète de faire un numéro d'acteur « inoubliable » et le gimmick who watch the Watchmen (« qui surveille les Gardiens ») sera du plus bel effet dans une bande-annonce hollywoodienne, mais si l'on escamote ce qui fait l'essence même de l'oeuvre - parce que le grand écran sera incapable de la restituer -, que reste-t-il ? Une histoire de science-fiction somme toute banale.

Le grand Terry Gilliam avait baissé les bras il y a quelques années devant l'ampleur du projet. Voilà qu'on nous le ressort piloté par une équipe loin d'avoir son génie et, à mon avis, bien incapable de relever les défis qu'il génère.

LSOK, « Watchmen Script Review », DC-on-Line.