Les larbins du patronat

Moi, Gérard Le Puill, titulaire de la carte de presse 52.622 obtenue en avril 1984, je suis probablement plus ancien qu’Arnaud Leparmentier dans la profession de journaliste. L’Humanité m’a embauché comme stagiaire en septembre 1983 alors que Kléber-Colombes, mon employeur de l’époque, venait de me licencier pour cause de fermeture d’usine avec refus d’un quelconque reclassement pour moi comme pour tous les syndicalistes qu’ils soient de la CGT, la CFDT ou la CFE-CGC. J’ai travaillé 18 ans dans cette usine ; de jour comme de nuit en fonction des équipes. J’y ai transpiré et souffert physiquement comme beaucoup de mes collègues dont beaucoup sont morts de maladies professionnelles avant même d’atteindre l’âge de la retraite. Les comités d’hygiène et de sécurité au travail (CHSCT) n’ont été mis en place qu’après les grèves de 1968. Alors, quand je lis les propos esclavagistes d’Arnaud Leparmentier dans un quotidien qui se revendique comme un « journal de référence » - et dont j’apprécie de nombreux articles quotidiennement - je suis triste pour ma profession. Les journalistes n’ont pas à être les larbins de quiconque. Et surtout pas du patronat par les temps qui courent.

LE PUILL, Gérard. Le Monde a son chroniqueur esclavagiste. L'Humanité,