West Coast Avengers

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Lu

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Editeur
Lug / Semic
Langue
Français
Format
Journal
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Editeur
Marvel
Langue
Anglais

Information: Reprise d'un texte écrit au début des années 1990 relatif au passage d'un artiste de comic book très à la mode à l'époque, John Byrne, sur un titre de la Marvel plutôt confidentiel, West Coast Avengers.

Les années noires (Englehart-Milgron-Sinnott)

West Coast Avengers fut créée en 1985, création à l'évidence dictée par des impératifs commerciaux. La série démarre en même temps que Vision and Scarlet Witch, les 2 comic books ayant le 1er épisode en commun.

L'intrigue démarre après l'enlèvement de la plupart des Vengeurs par le Beyonder (1). La Vision décide alors de créé une filiale californienne des Vengeurs, et en confie la présidence à Œil de Faucon, qui n'a jamais été jusqu'à présent qu'un personnage de seconde zone. Après leur première mission contre Graviton (série limitée) (2), Œil de Faucon, Oiseau Moqueur, Iron Man, Tigra, Wonder-man et Hank Pym affrontent la Légion Mortelle, dirigée par le Moissonneur.

Le graphisme de ce premier épisode est quelconque, sans originalité ni finesse. Le scénario de Steve Englehart laisse par contre espéré quelques bons moments : il exploite au maximum les traits de caractère de chacun des personnages, ainsi que leurs liens de parenté pour provoquer tensions et rebondissements de l'intrigue. C'est ainsi que la relation créateur-création entre Pym et Ultron, mais surtout le mic-mac relationnel dans le « clan Williams » entre Simon Williams - Wonder-man, Éric Williams - le Moissonneur et Vision, forment la trame de l'histoire. Même si Englehart n'a pas la virtuosité narrative nécessaire à la pleine exploitation de ce conflit, il arrive à produire une certaine émotion. Il poursuit ensuite sur cette lancée, et les 5 épisodes suivants sont encore lisibles grâce à l'humour et aux dialogues.

Mais après des débuts plutôt satisfaisants, la série sombre peu à peu dans la médiocrité. Les dessins de Al Milgron se dégradent lamentablement, et les scénarios d'Englehart deviennent totalement absurdes : il suffit de voir les 3 mercenaires engagés par le Shield (# 6) pour se demander où Englehart va chercher des personnages aussi dénués d'intérêt. Ces épisodes sont le prototype du comic book commercial bas de gamme. Les rebondissements d'intrigue ne sont d'aucune utilité, à part peut-être afin de générer un coup marketing. Le nouveau costume de Wonder-man est clownesque (# 7), et on ne peut pas dire que la descente aux enfers des Vengeurs (# 9-10) nous ait glacé le sang dans les veines.

La série devient très vite fade, sans saveur. Un léger regain d'intérêt naîtra lorsque Hank Pym tentera de se suicider, mais le graphisme reste vraiment indigeste. Par ailleurs, Englehart s'est lancé dans un délire spatio-temporel totalement loufoque. Le fond du gouffre est atteint avec la saga du Zodiaque (# 20-23) : ces super-criminels affublés de costumes de fête foraine nous font plus rire que peur.

C'est donc dans cet état de dégradation avancée que John Byrne reprend la série au # 42.

Les années John Byrne

VisionQuest (#42-45)

L'arrivée de John Byrne sur West Coast Avengers au # 42 est ressenti par tous les fans comme un immense soulagement. Le golden boy de Marvel arrive tout auréolé de sa participation à Uncanny X-Men et à Fantastic Four, et on le voit s'atteler au destin des Vengeurs californien avec joie.

Le premier épisode marque tout de suite le pas avec ce qui précède : les Vengeurs ont enfin un dessinateur digne de ce nom et un scénario intéressant basé sur la psychologie des personnages. Byrne décrit la lente régression à l'état d'animal de Tigra (# 46), tout en centrant son récit sur la Sorcière Rouge. Ce premier arc (# 42-45) nous narre l'enlèvement de Vision par une coalition internationale d'agents secrets qui veulent détruire notre androïde préféré pour éviter que ne lui reprenne l'envie de dominer le monde ( voir Avengers). Au désespoir de Wanda voyant son mari réduit en pièces détachées vient s'ajouter le fait que l'opération fut conçue avec la collaboration d'Oiseau Moqueur, précédemment expulsée du groupe. Ce qui n'est pas du tout du goût d'œil de Faucon qui, non content d'apprendre que son ex est la cause des malheurs de Vision, se voit peu à peu dérober le contrôle de l'équipe tour à tour par Hank Pym et par la Guêpe (# 43).

Cover

WCA #45

Après quelques péripéties, les Vengeurs finissent par mettre la main sur le corps (ou ce qu'il en reste) de Vision, et Pym se propose de le reconstruire. Problème : Wonder-man refuse de fournir à nouveau sa structure cérébrale, nécessaire pour remodeler l'esprit de son « frère jumeau » cybernétique ; Vision redevient donc cet être synthétique froid et distant de ces débuts. Ajoutez à cela l'arrivée peu appréciée de US Agent (puisqu'elle provoque le départ d'œil de Faucon et d'Oiseau Moqueur), et vous comprendrez que la série bouge plus en quelques numéros qu'en trois ans de lobotomie englehartienne. Bien sur, les scénarii et le graphisme ne sont pas transcendant, mais honnêtes tout de même, et Byrne se complet dans cet enchevêtrement de coups de théâtre et analyse fort justement les émotions qui poussent les protagonistes à agir : le départ d'œil de Faucon qui souffre d'une perte d'autorité, l'amour de Wonder-man pour Wanda. Byrne semble être en effet le premier à avoir remarquer que puisque Vision - qui possède une copie du cerveau de Wonder-man - est tombé amoureux de la Sorcière Rouge, Simon Williams devait éprouver les mêmes sentiments.

À la fin de ce premier morceau de bravoure, l'équipe est profondément remaniée : départ d'œil de Faucon et d'Oiseau Moqueur, disparition de Tigra, arrivée de US Agent, changement de personnalité de Vision et problèmes relationnels entre Wonder-man et la Sorcière Rouge. Non, ce n'est pas Chris Claremont qui a reprit les scénarii de WCA, c'est bien ce bon vieux John Byrne, le même qui avait été incapable de construire un semblant de continuité sur les Fantastic Four (3). Aurait-il enfin comprit l'usage des sub-plots ?

Les Vengeurs des grands lacs (#46)

Dans le #46, Byrne introduit une nouvelle équipe de super-héros : les Vengeurs des grands lacs. Elle se compose de Mister I, un être virtuellement immortel, Big Bertha, sorte de réplique féminine du Colosse, Flatman, un sous Mr Fantastic, Doorman, dont le corps est un passage interdimesionnel, et Dinah, le monstre volant de service. De tous ces personnages, seuls Mister I et Dinah possèdent un certain potentiel. Après quelques péripéties, ces apprentis héros seront pris en main par Oiseau Moqueur et Œil de Faucon, qui avaient le plus grand mal à occuper leur temps libre.

Byrne semble vouloir imposer son empreinte sur la série, mais il n'y parvient pas vraiment : ces personnages restent des archétypes rabâchés des dizaines de fois auparavant. Et malheureusement, après quelques numéros seulement, il nous ennuie déjà.

Le destin de l'homme (#47-49)

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WCA #47

Byrne entame ensuite un second arc (# 47-49) avec toujours la Sorcière Rouge comme personnage principal. Wanda accepte l'aide de l'Absolon College qui lui propose de restituer la véritable personnalité de Vision. Malheureusement, leur proposition n'est qu'un stratagème pour capturer la mutante. En nette progression côté graphisme (avec le départ provisoire de Mike Malchan), Byrne entraîne les Vengeurs de la côte Ouest, les Vengeurs des grands lacs ainsi que Captain America et Miss Hulk sur les traces d'une mystérieuse espèce parasite de l'homme qui veut maintenant s'implanter au sein des mutants (les Homo superior) via la Sorcière Rouge.

Comme il l'avait souvent fait sur Fantastic Four (notamment avec la saga dans la zone négative), Byrne aborde ici un sujet un peu différent de ce que l'on rencontre généralement dans les comic books de super-héros, qui se rapproche plus de la science-fiction classique. Il se demande pourquoi l'homme est différent, supérieur aux autres mammifères ? Quelle est cette étincelle qui le différencie, qui le place sur un piédestal ? Byrne nous affirme que c'est grâce à cet étrange parasite, apparu avec les premières formes de vie. Il s'implanta chez les dinosaures, puis abandonna les charmants sauriens pour élever une espèce de primates vers la civilisation. Aujourd'hui, ces êtres veulent quitter l'espèce humaine et s'intégrer aux mutants, la nouvelle espèce dominatrice dans le futur (4).

Comme souvent dans ce genre de récit, l'happy end est atténué par le moralisateur de service (ici, Captain America), qui met en garde l'humanité des risques qu'elle court si elle ne retient pas la leçon de ce qui vient de se passer. Cela donne un petit air retro à la série, en rappelant le type de narration des films de science-fiction des années 50. Pour ce qui est de la réalisation, ce sont les 3 meilleurs épisodes du comic book. L'action est rondement menée, et Byrne ménage le suspense jusqu'à la fin. Les dessins sont puissants et agréables à l'œil ; Miss Hulk et la Sorcière Rouge sont sublimes.

L'héritage du Golden Age (#50)

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WCA #50

Le n°50 est le prétexte pour frapper un grand coup dans l'univers Marvel : Byrne fait revenir le Human Torch des années 40. Avec Captain America et le Prince des Mers, il est ainsi le 3ème rescapé marvelien du golden Age.

Les explications de Byrne concernant cette résurrection sont plutôt confuses, mais il base son argumentation sur une idée simple : Vision, qui est censé avoir été construit par Ultron à partir du corps de Human Torch, a connut son passé grâce au Maître du Temps. Hors, comme tout le monde le sait, le Maître du Temps est un bad guy (comprenez : un pas gentil du tout) qui a la fâcheuse habitude de mentir comme il respire. L'histoire qu'il a racontée à Vision ne peut donc être que fausse, et nous voyons finalement revenir l'androïde flamboyant dans le monde des vivants.

Cette histoire est caractéristique de l'un des leitmotivs de Byrne, qui cherchera souvent à puiser dans l'histoire de Marvel pour construire ces récits et adresser des clins d'œil aux lecteurs (5).

Le début de la déchéance (#51-52)

WCA # 51 et 52 marquent le retour de Iron Man et de celui de Agatha Harkness (6), qui entraîne la Sorcière Rouge (Byrne n'a d'yeux que pour elle) dans un combat contre Master Pandémonium. Dans la foulée, Wanda perd ses bébés jumeaux, qui n'étaient en fait que les produits de sa fertile imagination (pfff !). Byrne ne devait pas supporter les deux moutards pour les expédier ainsi aussi ridiculement.

Le désastre scénaristique s'accompagne d'une dégradation abominable des dessins. L'encrage grossier de Machlan (de retour) fait des désastres et les couleurs sont à vomir. Le trait de Byrne est de plus en plus succinct, bâclé ; ses personnages sont caricaturaux.

Acts of vengeance (#53-55)

WCA #53 annonce les débuts du nouveau méga-hyper-super cross-over marvélien. Après Inferno de Claremont, voici The Byrne's touch : Acts of vengeance. À cette occasion, il reprend aussi les scénarii de Avengers. On attrape vite un mal de crâne carabiné en essayant de comprendre ce qui se passe, non que le sujet soit d'une haute portée intellectuelle, mais il y a tellement de personnages impliqués que l'on ne sait plus où donner de la tête. En fait, les Vengeurs des 2 côtes doivent faire face à une coalition de super-vilains menée par, tenez-vous bien : Magneto, Fatalis, le Caïd, Crâne Rouge, le Mandarin et le Sorcier (7), le tout dirigé par un dieu, Loki !

Byrne part d'une idée simple (qui a dit simpliste ?) : les super-vilains attaquent des super-héros qui ne sont pas leurs habituels adversaires (exemple : la Freedom Force laisse tomber les X-Men et s'en prend aux Vengeurs). Nous avons donc droit à des matchs de catch à longueur de pages de WCA et Avengers, ainsi que d'autres comics contaminés par le virus comme The Amazing Spiderman.

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WCA #54. Hum, ça me rappelle quelque chose...

Et John « mémoire d'éléphant » Byrne s'en donne de nouveau à cœur joie en puisant allégrement dans l'histoire Marvel pour expliquer les motivations de Loki, qui a mis 20 ans pour comprendre qu'il était responsable de la formation des Vengeurs (8), ou pour faire évader le Sorcier (9). Le tout prend bien évidemment fin avec le lynchage de Loki par le grand blond niais (Thor) dans WCA #55.

Côté dessins, il y a un léger mieux, avec les encrages de Keith Williams (# 53) et de Paul Ryan (# 54-55) ; c'est en tout cas meilleur que le travail de Mike Machlan. Cependant, on ne peut pas dire qu'il s'agisse là d'une grande cuvée Byrne, ni sur la série, ni sur l'ensemble de sa carrière. Sur les trois épisodes, une dizaine de planches seulement valent le coup d'œil. Byrne se complet malheureusement dans le travail bâclé, vite fait mal fait ! (10)

La fin en eau de boudin (#56-57)

Infatigable, Byrne enchaîne avec un troisième arc, toujours avec la Sorcière Rouge comme personnage principal (en fait, le comic aurait pu tout aussi bien s'appeler « Scarlet Witch »). Elle rejoint son père Magnéto, qui souhaite à nouveau détruire l'humanité pour préserver la race mutante (11).

Mais John « je m'esquive par derrière » Byrne quitte précipitamment la série, laissant ses successeurs se dépatouiller dans son bric-à-brac de plots et de sub-plots (12).

Conclusion

Que peut-on tirer de la période Byrne sur West Coast Avengers ? Objectivement, pas grand chose. Byrne a certes fournit un bien meilleur travail que le trio infernal Englehart-Milgron-Sinnott et que toute la clique de tacherons qui l'a précédé, mais rien de révolutionnaire ou de passionnant n'a émergé de ces 16 épisodes. Byrne a fait son ouvrage de bon employé de la Marvel, et comme cela lui arrive fréquemment depuis quelque temps, il laisse tomber le comic au beau milieu d'une histoire. Côté scénarios, Byrne a fonctionné par arcs de 3-4 épisodes (la mode du moment) et il semble maintenant capable de maintenir une certaine continuité mais ses apports n'ont pas de quoi bouleverser le monde des Avengers. Au final, seuls 2 numéros, les #48 et #49 sont dignes d'intérêt.