The Sandman: Endless Nights

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Couverture

Divers

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Prix
Lu

Edition

Editeur
DC Comics
Date
Langue
Anglais
Format
Pages
158
ISBN
1-40120-113-X

Original

Titre
Sous-Titre
Editeur
Langue

Death and venice, Paul Craig Russel 4.5/5

p. 26

Une histoire comme Neil Gaiman les affectionne et dont on retrouve l'archétype dans de nombreuses nouvelles de son recueil smoke and mirrors (miroirs et fumée, Au Diable Vauvert, 2001) ou qui sert de trame principale au roman Neverwhere (J'ai Lu Millénaire, 1998) : l'immixtion de l'extra-ordinaire dans la vie d'un homme ordinaire. Ici, cette ingérence se traduit par la rencontre avec Death, que le personnage central croise sur une petite île vénitienne étant enfant et qu'il retrouve des années plus tard. Elle l'emmène alors dans une quête/réflexion sur la mortalité, la vanité du pouvoir et l'instrumentalisation des hommes.

Mise en image par le trait élégant de P. Craig Russell, qui avait déjà travaillé sur la série régulière (« Ramadan », Sandman #50, juin 1993), c'est l'histoire parfaite pour servir d'introduction à la fois au recueil et à l'univers de Gaiman.

What i've tasted of Desire, Milo Manara 4/5

Planche de Manara

Endless nights, p.47. Neil Gaiman, Milo Manara. © DC Comics / vertigo.

What i've tasted of Desire raconte sous forme de légende nordique l'histoire d'une femme brûlée par le désir d'un homme, la façon dont elle s'y prend pour qu'il vienne à elle et de quelle manière se désir restera - en partie et pour toujours - inassouvi.

Manara fait du Manara. S'il est capable de sublimer la beauté du corps féminin, parfois malheureusement de manière un peu trop stéréotypé, il n'est par contre pas homme à rendre l'ambiguïté et la perversion d'un personnage comme Desire. Mais les planches sont sublimes, et on se laisse facilement emporter par le récit.

The heart of a star, Miguelanxo Prado 5/5

Planche de Prado

Endless nights, p.62. Neil Gaiman, Miguelanxo Prado. © DC Comics / vertigo.

Ma préférée, qui en dit sans doute le plus sur les personnages que l'on a côtoyé pendant 8 ans dans le comic book. On y croise un Dream froid et distant avec son amour de l'époque, une Death bien dans son rôle de « grande faucheuse », les éternelles tensions entre les différents membres de la famille et - au milieu d'une congrégation d'étoiles - un petit jeunot nommé Sol qui souhaiterait voir une de ses planètes habitée.

Gaiman développe là une thématique qu'il avait déjà esquissé dans certains épisodes de la série (« A dream of a thousand cats », Sandman #18, août 1990): les Endless en tant qu'incarnations de concepts universels pas uniquement liés aux humains.

Soutenue par le graphisme de Miguelanxo Prado, cette envolée cosmique est un pur délice.

Fifteen portraits of Despair, Barron Storey et Dave McKean 5/5

Planche de Storey

Endless nights, p.90. Neil Gaiman, Barron Storey & Dave McKean. © DC Comics / vertigo.

Après le rêve, le désespoir : « Fifteen portraits of Despair » est la plus exigeante des histoires du recueil, et sans doute celle qui nécessite le plus d'investissement personnel. Se succèdent sous nos yeux des fragments d'existences qui s'entrechoquent, se répondent dans leur misère et leur fatalisme, et qui laissent un goût amer dans la bouche, une tension imperceptible.

La mise en page torturée de Storey et McKean contribue en grande partie au malaise qui s'installe, et on se retrouve parfois à s'identifier aux hommes ou aux femmes qui livrent le temps de la lecture quelques bribes d'eux-mêmes : She sat by the right of the road, in the snow, all bodiless and afraid, waiting for the happiness to start.

Une réussite remarquable.

Going inside, Bill Sienkiewicz 5/5

Planche de Sienkiewicz

Endless nights, p.115. Neil Gaiman, Bill Sienkiewicz. © DC Comics / vertigo.

Une autre petite merveille qui a ma préférence, parce que j'aime beaucoup le personnage de Delirium mais aussi grâce au traitement graphique de l'iconoclaste Bill Sienkiewicz, qui sied si bien à l'illustration des circonvolutions tortueuses de l'esprit de malades mentaux. Malades qui ont pour mission de secourir la petite Delirium prisonnière dans le corps d'un homme.

On retrouve donc avec plaisir des poissons, le chien Barnabas, le corbeau Matthew, Daniel, la dernière incarnation du Roi des Rêves, et des bribes de vie quotidienne de personnages que l'on ne fait que croiser. Le lecteur est juste un peu frustré car l'histoire aurait mérité un développement plus long.

On the peninsula, Glenn Fabry 3.5/5

Planche de Fabry

Endless nights, p.130. Neil Gaiman, Glenn Fabry. © DC Comics / vertigo.

Glenn Fabry est l'exemple parfait d'un précepte qui se vérifie assez souvent : un excellent dessinateur n'est pas forcément un bon auteur de bande dessinée. On pourrait rester en admiration pendant des heures devant les couvertures du comic book Hellblazer qu'il produisit tout au long des années 80-90. Mais « l'art séquentiel » n'est pas (que) de l'illustration : il faut aussi savoir enchaîner les plans, jouer avec les angles, composer une planche et trouver son équilibre dans la succession de vignettes… Ce que Glenn Fabry maîtrise moins bien.

Ici, il n'est pas forcément seul responsable puisque Neil Gaiman à l'habitude de confier à ses dessinateurs des scénarii détaillés, pré-découpés. Il n'en reste pas moins qu'on a du mal à retrouver dans les dessins de « On the peninsula » la force, la grandeur, la finesse du détail qui caractérisaient le travail de Fabry sur Hellblazer.

Quant à l'histoire, Gaiman verse dans de la science-fiction assez anecdotique.

Endless nights, Frank Quitely 5/5

Planche de Quitely

Endless nights, p.147. Neil Gaiman, Frank Quitely. © DC Comics / vertigo.

Le récit qui clôt l'album est consacré au membre le plus mystérieux et le plus problématique à manipuler de la famille des Endless: Destiny. Difficile en effet de mettre en place une intrigue autour de celui qui sait tout, qui voit tout mais qui ne peut rien faire, surtout en 8 pages seulement.

Alors on suit les pas de l'encapuchonné dans les allées de son jardin tandis que Gaiman nous assène des lapalissades sur le grand livre de la destinée (Everything is in there, from the beginning of time to the end).

Reste les magnifiques planches de Frank Quitely, douces et poétiques, qui valent à elles seules le détour.

Commentaires

Neil Gaiman l'avait promis : un jour ou l'autre, il reviendrait nous narrer les aventures de la famille de ce cher marchand de sable. C'est chose faite - et de belle manière - avec ces « nuits sans fin ».

Outre des qualités propres qui en ont fait l'une des plus belles réussites de ces dernières années, le comic-book Sandman a aussi marqué l'histoire du médium parce que son créateur, Neil Gaiman, décida de l'arrêter en pleine gloire en 1996, après 8 ans et 75 numéros. Beaucoup auraient sans doute poursuivis l'aventure, tirant et étirant leur inspiration au risque de se répéter. Mais Gaiman, considérant qu'il avait tout dit, qu'il avait raconter l'histoire qu'il souhaitait raconter, s'en est allé, laissant son éditeur (DC Comics) et ses lecteurs orphelins.

L'adieu n'était cependant pas définitif : l'auteur britannique gardait dans sa besace quelques récits qu'il se promettait de nous livrer de temps à autre. Après un conte japonais en 1999(1), voici donc 7 courtes histoires, chacune centrée sur l'un des membres de la famille du Roi des Rêves.

Endless nights s'apparenterait plus à un recueil de nouvelles qu'à un véritable comic book. On pourrait croire qu'il en a toujours été ainsi dans la série Sandman qui se découpait elle-même en arc d'une dizaine d'épisodes en moyenne. Cependant, et c'est l'un des avantages de la bande dessinée d'outre-atlantique, l'ensemble formait un tout cohérent, une trame narrative continue. Ici, certains récits semblent un peu à l'étroit dans les quelques pages qui leur sont alloués, et il parait difficile de conseiller la lecture de Endless nights à ceux et celles qui ne connaîtraient absolument rien de l'univers « sandmanien » de Gaiman.

Chaque histoire, mise en image par un artiste différent, s'attarde sur un épisode de la vie de l'un des sept « Endless », des entités supra-divines incarnant des concepts universels : Death (Mort), Desire (Désire), Dream (Rêve), Despair (Désespoir), Delirium (Délire), Destruction (Destruction) et Destiny (Destinée).

Neil Gaiman s'était déjà consacré à certains d'entre elles quelques années auparavant, à Death en particulier avec The high cost of living (1993) et The time of your life (1996). Destiny, a chronicle of deaths foretold (1997) fut une autre tentative de développement du concept de Endless centré autour de Destiny, mais sans qu'il soit aux manettes. Avec Endless nights, Gaiman offre une nouvelle exposition à ces personnages, qu'elle se situe - chronologiquement parlant - avant ou après ce qu'il a raconté pendant 8 ans dans le comic book. De qualité inégale, ces récits restent néanmoins tous très agréables à lire.

Le retour de Neil Gaiman dans son univers fétiche est incontestablement une réussite. Les fans de Sandman y trouveront largement leur compte et se délecteront de chaque planche. Les autres pourront considérer Endless nights comme une collection de portes d'entrée même si, je le répète, l'oeuvre ne prend toute sa saveur que si l'on possède déjà certaines clés pour aller plus loin.

Comme toujours, l'ouvrage bénéficie de la direction artistique de l'incontournable Dave McKean et de la non moins admirable calligraphie de Todd Klein, qui habille bulles et cartouches d'un lettrage aussi varié qu'élégant. Gaiman nous livre en plus une introduction qui revient sur la genèse de chaque histoire et sa rencontre avec les différents artistes.

En refermant le livre, une seule pensée accapare l'esprit du lecteur : on en redemande encore !