Daredevil, the man without fear

Créateurs

Auteurs
Artistes

Publication

Couverture

Divers

Achat
Prix
Lu

Edition

Editeur
Marvel
Date
Langue
Anglais
Format
Souple
Pages
ISBN

Original

Titre
Sous-Titre
Editeur
Langue
Couverture
Couverture
Titre
The man without fear #1
Couverture
Couverture
Titre
The man without fear #2
Couverture
Couverture
Titre
The man without fear #3
Couverture
Couverture
Titre
The man without fear #4
Couverture
Couverture
Titre
The man without fear #5

Information: Cet article a été écrit à l'origine en août 1994.

Information: 2015-04-07 - J'ai relu ce texte en enregistrant cette fiche et je le trouve rétrospectivement plutôt dur. Faut dire que j'ai lu pas mal de bouses depuis ce qui explique que je porte un regard plus indulgent aujourd'hui.

La série limitée Daredevil, the man without fear marque le retour de Frank Miller dans l'antre du comic book mainstream, après ses récentes escapades du côté des indépendants (Hard boiled, Sin city). Du côté de John Romita Jr, la réalisation de cet opuscule(1) représente la conclusion logique de sa participation au titre mensuel où il fut associé pour l'encrage - comme ici, à Al Williamson, et à Ann Nocenti pour les scénarios. Devant le talents des artistes et l'intérêt qu'à toujours suscité le personnage de Daredevil, ne reculant ni devant le prix (2,95$ par numéro) ni devant l'immonde couverture en relief, je me suis procuré le premier numéro.

Je contemple les images de Romita Jr, je bois le texte de Miller. Puis j'achète le deuxième numéro ; puis le troisième ; et ainsi de suite jusqu'au cinquième. Pendant cinq mois, je découvre la version moderne des origines de l'homme sans peur, ce qui sera la référence pour les futurs artistes qui s'attelleront à la destinée de tête à cornes, ce qui devrait marquer une date capitale dans la carrière de l'avocat aveugle. Pas de publicité, une trentaine de pages dans chaque numéro, avec un papier de bonne qualité. Le contenant tient bien ses promesses. Mais le contenu ?

Une question de forme

The man without fear #1, p.2

Man without fear #1, p.2, oct 93. F. Miller - J. Romita Jr - A. Williamson. © Marvel Comics

Peut-être ai-je eu tort d'attendre de cette série ce qui, pourtant, est largement sous-entendu par les auteurs et par les éditeurs eux-mêmes : qu'elle soit le pendant marvelien du Batman : year one. Une sorte de Daredevil : year one, qui formerait avec Daredevil : born again le même diptyque que les deux oeuvres maîtresses de Miller chez DC : Batman : year one et Dark night's return.

Déjà l'introduction de l'éditeur Ralph Macchio m'avait rendu soupçonneux, avant même de jeter le moindre regard attentif sur le contenu du premier numéro. Un script de 64 pages, gonflé pour les besoins de la cause par retouches et manipulations à 144 pages. Et puis toujours cette manière « marvélienne » de présenter les choses : l'abus des adjectifs et des superlatifs ; cette irritante éloquence naïve, cette grandiloquence voulant faire d'une simple oeuvre populaire (aucune connotation péjorative dans le terme) un mouvement de pensée métaphysique.

A mon grand étonnement, le récit ne souffre en aucune manière de l'extension du volume. Le rythme cadre bien avec le découpage en cinq parties. Mais la première erreur de Miller est d'occulter les phases importantes de la vie de Matt Murdock (exception faite de sa vengeance contre le meurtrier de son père), comptant vraisemblablement sur la « culture Marvel » du lecteur, préférant s'intéresser à l'anecdotique, accumulant ainsi les clichés.

Les origines modernes

The man without fear #1, p.10

Man without fear #1, p.10, oct 93. F. Miller - J. Romita Jr - A. Williamson. © Marvel Comics

La grande majorité des fans de comic books connaît effectivement l'histoire de l'avocat aveugle Matt Murdock : un môme de hell's Kitchen, quartier populaire de New york, souffre douleur de ces petits camarades, élevé par un père boxeur qui voudrait voir son fils sortir de la misère dans laquelle il a grandi en faisant des études ; et puis l'accident, un camion transportant des produits toxiques renversant sa cargaison sur la chaussée ; Matt qui se précipite pour sauver un aveugle qui traversait la rue au même moment, et qui perd la vue.

Miller respecte cette mythologie, incorporant aux origines établies par Stan Lee au début des années 60 ses propres créations : Stick, Elektra, la mère de Matt. La fusion est harmonieuse. Les séquences s'enchaînent. Se dessine progressivement derrière le petit adolescent timide le personnage de Daredevil, sa quête, une croisade comme la définit Miller lui-même dans l'introduction du quatrième numéro. L'homme sans peur prend forme, et l'entité est conceptualisée, homogénéisée. Toutes les petites touches éparses, noyées dans la trois centaine de numéros du comic book durant plus de vingt ans sont ici compilées, réduites à leur plus simple et pure expression.

Daredevil est né.

En cela, Miller a parfaitement rempli son rôle, et l'analogie entre Batman : year one / The dark night's return et Daredevil : the man without fear / Daredevil: born again est limpide : dans le dernier numéro de la série, on voit se dessiner l'obsession du Caïd pour l'identité secrète de Daredevil, obsession qui conduira à la déchéance du héros dans le magistral Born again.

Un héros déshumanisé

Malheureusement cet opus souffre d'un cruel défaut, du à la fois à Miller et Romita Jr, Al Williamson, cantonné dans son rôle d'encreur qui est, quoi qu'on en dise, artistiquement restrictif, s'acquittant qu'en à lui honnêtement de sa tâche, même si les couleurs très kitsch de Christie Scheele ne la lui facilitent pas toujours. Ce défaut, c'est la déshumanisation du récit, sa facticité.

Un exemple parmi d'autres : les loubards qui agressent (ou qui se font agresser par) Elektra (#3) ne sont pas crédibles. Ce sont des guignols, directement sortis de la pire des séries télé policières américaine. Pareil pour ceux qui s'en prennent à Matt dans le #4. Tout cela sonne faux, fabriqué, et nous fait cruellement ressentir la froideur, la distance se dégageant du comic book. Nous n'éprouvons pas, nous ne ressentons pas ce que ressentent Matt Murdock et les autres protagonistes de l'histoire : on ne ressent pas la détresse de Matt lorsqu'il perd la vue, ou quand son père est assassiné ; on ne ressent pas la passion amoureuse qui l'envahit lorsqu'il rencontre Elektra ; on n'arrive pas à éprouver cette étrange communion qui semble le lier charnellement à la ville de New York… Le lecteur reste en dehors de l'histoire, comme un spectateur passif qui ne s'implique pas, qui reste détaché du récit. La scène de l'accident de circulation qui entraîne la cécité de Matt Murdock est à ce titre caractéristique.

Agréable mais sans génie

The man without fear #5, p.21

Man without fear #5, p.21. F. Miller - J. Romita Jr - A. Williamson. © Marvel Comics

Est-ce voulu ?

Miller insiste tout au long du récit sur la solitude du héros, sur sa froide détermination dans sa lutte contre le crime, logique, rationnelle; seule exception notable, et lourde de conséquence : la vendetta contre le meurtrier de son père. La dualité entre homme de loi et vigilante, l'un des thèmes le plus important du comic book, est de la sorte judicieusement introduit, mais reste toujours l'absence d'émotions (côté lecteurs s'entend). Une foule de clichés venant en plus obscurcir le récit (agressions par des loubards, course-poursuite entre les ravisseurs de la jeune Mickey et le père par cabines téléphoniques interposées, le personnage même de Mickey, procédé narratif déjà longuement éprouvé pour que les teen-agers puissent s'identifier à un protagoniste de l'histoire), et le désintérêt ne peut qu'apparaître. Ainsi, la scène finale où Matt Murdock affronte face à face le ravisseur de Mickey n'est pas le sommet de tension et de suspense auquel on aurait pu s'attendre.

Miller n'est pas seul en cause. Le graphisme de John Romita Jr contribue beaucoup à se détachement, cette platitude. Le travail est honnête, appliqué, minutieux, l'exemple de ce que tout dessinateur de comics devrait savoir faire pour pouvoir mériter le nom d'artiste. Mais il manque quelque chose, un je ne sais quoi qui fait d'un honnête dessinateur un virtuose de la narration graphique. Le découpage est trop homogène, uniforme (voir la manie de Romita Jr à découper les scènes de combat en gros plans statiques : si c'est original la première fois, cela devient à force lassant). Le souffle, l'émotion, le lyrisme n'apparaissent qu'à de trop rares endroits. Une apparente volonté de raconter de manière banale la vie d'un homme qui est loin de l'être a beaucoup nui à l'impact de l'histoire. Si cette technique a été fructueuse dans certaines oeuvres précédentes de Miller, comme Batman : year one et Daredevil : born again, c'est qu'il y avait le dessin et les cadrages d'un David Mazzucchelli pour la transcender. Et Romita Jr n'est pas Mazzucchelli… Certaines planches sont belles, et l'ensemble est agréable à regarder, mais cela reste trop clinique et manque un peu de chair, de sueur et de sang.

Man without fear #5, p.24-25

Man without fear #5, p.24-25, Fev 1994. F. Miller - J. Romita Jr - A. Williamson. © Marvel Comics

Même si elle ne peut prétendre faire parti des quelques chef-d'oeuvre dont la bande dessinée anglo-saxonne a accouché ces dernières années, Daredevil : the man without fear reste une série de bonne qualité, lisible et agréable, ce qui est rare de nos jours, surtout chez Marvel.