New Mutants

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Le ronron des débuts (01-17) 3/5

La série New Mutants est créée début 1983 pour surfer sur la vague du succès que connaît alors tout comic-book estampillé « mutants ». Si la première année ne montre rien de particulier, l'arrivée de Bill Sienkiewicz va remuer les lecteurs et apporter une toute autre dimension à la série.

Pendant un an et demi donc, le comic book ne connaît que le ronron tranquille propre au Mainstream de l'époque et dont ses dessinateurs Sal Buscema ou Bob McLeod sont la parfaite illustration : un graphisme simple et clair, propre sur lui, agréable à regarder mais sans grande originalité. Le scénariste Chris Claremont, qui avait su renouveler le genre quelques années auparavant sur la « série mère » Uncanny X-Men, se contente ici de fournir des histoires passe-partout sur ces nouveaux mutants sensés remplacer leurs aînés.

L'ère Sienkienwicz (18-31) 4/5

Et voilà qu'une bombe graphique explose dans le numéro 18 daté d'août 1984 ; une bombe lancée par un dessinateur hors normes, en tout cas en dehors de celles couramment admises par le medium : Bill Sienkiewicz.

planche

New Mutants n° 18, p.4-5, août 1984. Chris Claremont / Bill Sienkiewicz.

Lorsque Luke McDonnell débarqua sur Iron Man à la suite de Dennis O'Neil, le choc graphique fût brutal pour les fans de la série mais malgré la noirceur du dessin, le travail de McDonnell restait plutôt classique. Avec Sienkiewicz, New Mutants passe dans une toute autre dimension : trait anguleux, cadrage en perpétuel déséquilibre ou construction hachée des planches, tout dans le nouveau visuel est innovant. Les réactions seront dés lors à la hauteur du changement et le travail de Sienkiewicz ne laissera personne indifférent :

I do recall that when Chris and I began these issues, we ran into quite a polarized reaction. People either loved the work or hated it.

Bill Sienkienwicz, New Mutants : The demon bear saga, Marvel, 1990.

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New Mutants #18, p.17, août 1984. Chris Claremont / Bill Sienkiewicz.

On ne souligne sans doute pas suffisamment le « courage » témoigné par les éditeurs de l'époque (Ann Nocenti et Jim Shooter) en confiant ainsi les destinées d'une série à un artiste dont on pouvait prévoir à coup sûr que le graphisme allait dérouter le lecteur lambda. New Mutants n'étant pas une vache à lait comparable à sa grande soeur Uncanny X-Men, il a sans doute été plus aisée de tenter l'expérience, mais tout de même : à partir de New Mutants #18 et pendant 14 numéros, l'adolescent pré-pubère - principale cible du comic book - aura du mal à se reconnaître dans les aventures des ces mutants nouvelle génération.

Car le graphisme torturé de Sienkiewicz semble stimuler Claremont, qui se met à écrire des histoires moins gnangnan que la guimauve servie jusque là. Il travaille dorénavant par Arc de deux ou trois épisodes, ce qui permet de développer des intrigues un peu plus complexes comme dans « Légion » (New Mutants #26-28), où le professeur Xavier se retrouve plonger dans l'esprit de son fils autiste et schizophrène.

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New Mutants #18, août 1984.

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New Mutants #19, septembre 1984.

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New Mutants #20, octobre 1984.

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New Mutants #21, novembre 1984.

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New Mutants #22, décembre 1984.

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New Mutants #23, janvier 1985.

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New Mutants #24, février 1985.

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New Mutants #25, mars 1985.

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New Mutants #26, avril 1985.

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New Mutants #27, mai 1987.

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New Mutants #28, juin 1985.

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New Mutants #29, juillet 1985.

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New Mutants #30, août 1985.

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New Mutants #31, septembre 1985.

Je l'avoue, je fût de ceux que le graphisme de Sienkiewicz dérouta au premier abord, avant que la magie et l'étrangeté de son trait ne finissent par faire leur oeuvre. New Mutants #18 est d'ailleurs l'un des rares comic books que je garde sous pochette plastique ; qui a connu la fièvre spéculative qui s'empara d'une partie du fandom dans les années 90 pourra sourire, mais mon geste n'a rien de vénal (1). Il est plutôt :

  • Pragmatique car vu la qualité du papier, il ne serait pas rester très longtemps en bon état.
  • Sentimental, simplement parce que c'est l'un des premiers originaux que j'ai acheté.
  • Symbolique, car il témoigne d'un âge où les pressions économiques étaient encore insuffisantes pour empêcher un artiste tel que Sienkiewicz de s'exprimer.

Il pourrait être onéreux de se procurer aujourd'hui ces 14 numéros de New Mutants, voir même décevant en tenant compte de la piètre qualité du papier d'impression qui ne rend pas justice au travail de l'artiste. Seuls les numéros 18 à 21 ont bénéficié d'une republication sous forme d'album (The New Mutants : the demon bear saga, Marvel, 1990), et c'est sans doute par là qu'il faudrait découvrir cette oeuvre.

Sienkiewicz poursuivra encore quelques temps son travail sur New Mutants en encrant les crayonnés de Mary Wilshire. Il collaborera avec des grands noms du medium comme Alan Moore (Big Numbers) ou Frank Miller (Elektra assassin) et publiera ainsi un travail plus aboutit que ce qu'il fît sur les « nouveaux mutants ». Cela reste néanmoins une oeuvre majeure dans l'histoire moderne du comic book mainstream par l'originalité graphique qu'elle amena.