Iron Man

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Iron Man n'a jamais été une série connue pour son originalité, bien au contraire. Il s'agit d'un comic book mainstream tout ce qui a de plus classique. Il sera pourtant l'un des acteurs de la maturation du genre au début des années 80.

La série connaît quelques périodes agréables à lire à la fin des années 70 sous la plume de David Michelinie et les crayons du duo John Romita Jr / Bob Layton. Mais cette équipe reste somme toute bien sage en nous narrant les aventures du milliardaire Tony Stark qui occupe son temps libre entre les cocktails de la jet set et la défense de ce beau pays de liberté qu'est l'Amérique grâce à son armure high tech.

La déchance de Tony Stark (163-182) 3/5

Titre
Iron Man n° 163-182
Format
comic book
Auteurs
  • Denis O'Neil
Artistes
  • Luke McDonnell
  • Steve Mitchell
Période
octobre 1982 / mai 1984
Editeur
Marvel
Note
3/5

Extrait de Iron Man 167

Iron Man #167, février 1983. Dennis O'Neil / Luke McDonnell / Steve Mitchell. © Marvel

Et puis la série prend, en 1982, une tournure radicalement différente avec l'arrivée d'une nouvelle équipe artistique. Le scénariste Dennis O'Neil va abandonner la vie glamour du richissime homme d'affaire pour le faire sombrer pendant près de deux ans dans l'enfer de l'alcoolisme.

Ce changement scénaristique radical est accompagné d'un bouleversement équivalent côté graphisme. La période Romita Jr / Layton était ce qui pouvait se faire de plus classique dans le mainstream d'alors : dessin clair, propre sur lui, agréable à l'oeil, avec des héros aux biceps bien sculptés et au regard conquérant ; tout pour plaire à l'adolescent mâle de la classe moyenne. Le coup de crayon de Luke McDonnell, sans être révolutionnaire, bouleverse ces codes : plus sombre, plus haché, moins « photogénique », il marque tout autant que les scénarios la rupture avec la période précédente. Les changements de ton et de graphisme sont si importants que les fans d'Iron Man réagissent pour la plupart assez négativement.

Couverture de Iron Man 182

Iron Man #182, mai 1984. Dennis O'Neil / Luke McDonnell / Steve Mitchell. © Marvel

Il est vrai que voir ce symbole de l'Amérique conquérante qu'est Tony Stark et les habituels matchs de catchs de gugusses en collants (dans ce cas précis, en armures) multicolores remplacés par la lente déchéance, à la fois mentale et physique, d'un homme rongé par l'alcool, avait de quoi déconcerter le lecteur moyen. Les combats entre « tête-de-fer » et des super-méchants de circonstance étaient toujours présents, mais ils prirent progressivement moins de place. Il s'agissait presque d'une sorte d'exercice imposé par le genre, O'Neil préférant à l'évidence s'attarder sur la psychologie de ses personnages, sur la destruction effective de Tony Stark puis sa lente reconstruction, et sur les doutes de James Rhodes, chargé de prendre la relève dans la défense de la veuve et de l'orphelin.

Nous sommes dans du mainstream que l'on peut toujours qualifier de « classique » et il ne faut pas trop sur-interpréter les scripts d'O'Neil ou les dessins de McDonnell. Mais il s'agit d'un des premiers exemples de l'évolution du genre sous ses deux aspects, d'autant plus parlant qu'elle touche une série jusque là très conservatrice : l'introduction d'un sujet plus mature qu'à l'accoutumer avec un traitement réaliste, et cela grâce à la vision d'un homme qui s'approprie le comic book.

Si l'arrivée d'O'Neil représente une révolution dans l'univers d'Iron Man, cet auteur avait déjà montré dans les années 70 sa volonté d'aborder des sujets de société comme la drogue ou le racisme dans les pages d'un autre comic book mainstream, The Green Lantern de DC Comics.

Sans être un chef-d'oeuvre, son Iron Man participe a cette émancipation des mentalités qui permettra à d'autres auteurs de pousser plus loin la maturation du médium.