Fatalis Imperator

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Divers

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Prix
20 FF
Lu

Edition

Editeur
Lug
Date
Langue
Français
Format
Souple
Pages
78
ISBN

Original

Titre
Avengers: Emperor Doom
Sous-Titre
Editeur
Marvel
Date
Langue
Anglais

Commentaires

Information: Ce texte a été écrit au milieu des années 1990 dans le cadre d'une étude plus globale titrée « Les surhommes et le pouvoir politique ». Je le reprend ici en le retravaillant un petit peu.

Doom imperator est un graphic novel - l'équivalent des albums européens - publié par Marvel en 1987 et destiné à un large public (mainstream). Son propos reste donc plutôt simpliste, comme celui de The Squadron Supreme même s'il donne une première vision de ce qui pourrait vraisemblablement arriver si des êtres possédant des pouvoirs surhumains se décidaient à prendre de force le contrôle du monde.

Les protagonistes : la prise de pouvoir par Doom

L'histoire débute avec l'enlèvement de Zébédiah Kilgrave par le docteur Doom. Principal ennemi des Fantastic four, il écume souvent les pages des autres publications de Marvel depuis les années soixante. Souverain de Latvérie, petit état fictif d'Europe centrale, ce rôle ne semble jamais le satisfaire. C'est pourquoi ces nombreuses apparitions dans les différentes séries sont presque toujours le fruit d'une énorme ambition et une soif de pouvoir inextinguible : Doom est le prototype même du savant fou voulant dominer le monde.

Dans Doom imperator, il cherche à atteindre son but en utilisant Zébédiah Kilgrave, un personnage secondaire de l'univers Marvel apparu dans les pages de Daredevil, qui possède la faculté de contrôler la pensée et les sentiments des humains grâce aux substances chimiques dégagées par son corps. Seuls les individus dotés d'une formidable force de caractère (ce qui est le cas de Doom) peuvent lui résister.

Après avoir fait prisonnier Kilgrave, Doom s'attache les services de Namor, le prince des mers, personnage ambigu, souverain d'un peuple d'humains amphibies, les Atlantes, et qui a toujours nourrit une haine certaine pour les habitants de la surface. Namor aura la mission de maîtriser les super-héros insensibles aux pouvoirs de Kilgrave comme les êtres artificiels (robots, androïdes) et qui pourraient barrer la route de Doom. Lorsque tous les héros et particulièrement les Avengers succombent au pouvoir de Kilgrave, Doom s'attaque au reste du monde en plaçant Zébédiah Kilgrave au cœur d'un cristal géant chargé de démultiplier ses pouvoirs. Il se rend alors aux Nations Unies et devant un parterre de chefs d'états soumis, il se proclame empereur du monde. Le but qu'il a infatigablement poursuivit toute sa vie est enfin atteint.

Le grain de sable Wonder-man

Doom prend rapidement de grandes décisions. En moins d'un mois, les Russes quittent l'Afghanistan, la redistribution des richesses permet d'éradiquer la famine en Éthiopie, la majorité noire d'Afrique du sud récupère le pouvoir. Dorénavant, l'armée se cantonnera à des actions humanitaires lors de catastrophes naturelles.

Mais un grain de sable vient perturber l'œuvre de Doom. Wonder-man, un avenger, sort du caisson étanche où il a passé un mois afin d'obtenir des mesures sur la nature de son corps. C'est un être fait d'énergie pure qui de fait est insensible aux pouvoirs de Kilgrave. Lorsqu'il sort de son caisson et constate que le monde est dirigé par Doom, il cherche à le stopper mais il est alors obliger d'affronter ses anciens associés les Avengers. Après un violent combat, il bat en retraite et s'éclipse.

Il passe les jours qui suivent à fuir le monde sans savoir comment réagir à ce nouvel état de fait : la civilisation humaine est en paix ; elle ne connaît plus la guerre ni le crime. Mais elle est privée de liberté. La liberté de choisir en tout cas. Et c'est la rencontre d'une jeune femme aveugle, Hellen Barnes, qui vit en ermite dans les montagnes Rocheuses, qui va décider Wonder-man à agir.

La charge de la cavalerie

Il retourne chez les Avengers, et réussit à « déconditionner » Captain America en le forçant à regarder des archives vidéos montrant les exactions passées de Doom. Les deux héros font de même avec trois autres Avengers, choisis pour leur force de caractère : Hawkeye, Iron-man et Wasp. Le groupe s'attaque ensuite à Doom, qui semble presque heureux de trouver des opposants à son régime. Le conflit s'engage et les héros prennent le dessus. Ils réussissent même à arracher Namor à l'emprise du souverain de Latvérie.

Celui-ci se retrouve alors face à un cruelle dilemme. D'une simple pression sur un bouton, ils pourraient stopper les assaillants avec du gaz innervant. D'un autre côté, il se remémore les tâches fastidieuses que son rôle de souverain mondial implique. Et il décide de ne rien faire.

Namor finit par détruire le cristal amplificateur du pouvoir de Kilgrave, et tue celui-ci par la même occasion.

Et le monde redevient comme avant.

Le dictateur éclairé

Les réflexions que l'on peut tirer de Doom imperator sont succinctes. Ce comic book reste dans la veine de ce qui se fait dans les autres publications de super-héros tout public de la Marvel à l'époque : malgré l'immensité du sujet (la prise de pouvoir de Doom sur toute la planète) le récit s'attache plus aux scènes de combat qui opposent les « gentils » (Avengers) aux « méchants » (Doom, Namor, Zébédiah Kilgrave) qu'à autre chose.

Le manichéisme primaire qui caractérise le comic-book américain sert ici une fois de plus de trame principale. Même si Namor, d'abord allié à Doom, finit par rejoindre les Avengers, il reste tout de même une brebis galeuse. C'est lui qui tue Zébédiah Kilgrave tandis que les héros vertueux gardent les mains propres, sans une tache de sang sur leur beaux costumes multicolores, ne détruisant que des androïdes.

Doom, quant à lui, alors qu'il a atteint le pouvoir suprême, qu'il règne sur la Terre et qu'il peut façonner la civilisation humaine comme il le souhaite, est dépeint comme un attentiste, un être primaire qui n'est animé que par la soif de pouvoir. Une fois ce but atteint, il s'ennuie et ne souhaite pas vraiment s'encombrer l'esprit de tous les tracas administratifs qu'imposerait la fonction d'empereur du monde.

La question du libre-arbitre

Outre cette description caricatural des personnages, propre à la majeure partie des comic books de super-héros, le scénariste David Michelinie ne s'attarde pas sur la façon dont Doom règle les grands problèmes de la société humaine (famine, guerre, pauvreté, racisme...). Le tout est traité en une planche, alors que cela aurait mérité en fin de compte l'intégralité de l'album. Idem sur les questions que se posent Wonder-man et les autres Avengers, s'il est juste qu'ils agissent alors que Doom a réussit là où eux ont toujours échoué : il a éradiqué la pauvreté, la guerre et a réussit à établir une société de paix et de fraternité. Mais leur réflexion est elle aussi réduite au stricte minimum, un ballon de ci de là, mais rien de plus. Doom est le méchant, et il faut le stopper. Peu importe si cela ramènera les travers et les erreurs qui empoisonnent la civilisation humaine depuis ses origines.

Car le plus important, et entre les combats de catch des super-héros, c'est tout ce qui ressort de cette bande-dessinée, c'est le sacro-saint libre arbitre judéo-chrétien. Peu importe que l'humanité soit finalement débarrassée des problèmes qui de tout temps gangrenèrent son histoire, si elle ne l'a pas été de par sa propre volonté. Mieux vaut l'enfer choisit que le paradis imposé.

Pour le petit occidental blanc de la grande classe moyenne américaine, habitué à manger des hamburgers et à boire du Coca-Cola, tout cela doit apparaître normal car il sait qu'il n'aura sans doute jamais à supporter la famine ou la guerre. Mais pour un môme qui grandit dans un pays ravagé par la famine ou la guerre civile, l'intervention de Doom apparaîtrait comme un signe de Dieu et il accepterait sans rechigner que la paix soit imposée dans son pays. Non pas par un pays extérieur, mais par un homme au dessus de tout les hommes, un surhomme. Qui surtout ne semble pas prendre de décisions politiques réduisant les libertés individuelles, à part celles de tuer ou de voler.

Si ce sacro-saint diktat du libre arbitre est justifiable lors de la prise de pouvoir d'un groupe d'humains sur un autre, il peut difficilement être applicable dans ce genre d'histoire. David Michelinie a tort de considérer son histoire de super-héros comme celle d'humains normaux. Il ne sait pas saisir l'opportunité de décrire une société humaine régit par un être omnipotent, en l'occurrence Doom.