D'ubuntu 10.10 à Fedora 17, de Gnome 2 à Gnome 3

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L'envie de changer couvait depuis plus d'un an ; en ce début de mois de mai, j'ai fini par sauter le pas, changeant à la fois de système d'exploitation et d'environnement de bureau...

Avant toute chose

Changer de système d'exploitation est loin d'être anodin quand votre ordinateur est à la fois votre outil de travail et votre principal source de loisir ; et changer de distribution linux n'est pas moins problématique que d'abandonner Windows ou s'essayer au Mac, surtout avec la transition ergonomique que cela implique. Car la migration que j'ai effectué, d'Ubuntu 10.10 à Fedora 17, n'a pas seulement été un changement de distribution Linux ; il s'est agit aussi de passer de l'environnement de bureau Gnome 2 à Gnome 3. Des 2 migrations, cette dernière à sans doute été la plus difficile !

Mais d'abord, pourquoi changer de distribution Linux ?! La reflexion a commencé il y a un an et pourrait se résumer en quelques points :

  • Parce que Canonical, l'entreprise qui développe Ubuntu, a décidé il y a plusieurs mois de créer sa propre interface graphique, Unity, qui, en dehors des choix ergonomiques qui peuvent se discuter, n'en est pas moins une manière implicite de vérouiller ces utilisateurs à un outil qu'il est difficile voire impossible de porter sur d'autres distributions.
  • Parce que l'interface graphique par défaut de Gnome 3, gnome-shell, n'est pas fournit sur les « install CD » d'Ubuntu, qu'il faut donc décider de l'installer soi-même, ce que les 3/4 des utilisateurs ne feront jamais (même si l'opération est simple), d'où une accentuation du verrouillage.
  • Parce que l'integration de la dernière version de Gnome (3.4) est - d'après les quelques jours de tests que j'ai passé sous Ubuntu 12.04 - comme qui dirait légèrement bâclée, ou en tout cas jugée secondaire par rapport au développement de Unity, ce qui se comprend.
  • Parce qu'il faut bien marquer d'une manière ou d'une autre le fait qu'on soit en désaccord avec l'orientation prise par une distribution et que la meilleure manière de le faire c'est d'en changer.
  • Parce que je suis avant tout un utilisateur de Gnome, et que Fedora est actuellement - semble-t-il - la distribution qui offre la meilleure intégration de cet environnement de bureau.
  • Parce que je veux rester un utilisateur de linux et non pas un utilisateur de telle ou telle distribution, et que certaines déconvenues ces derniers mois m'ont démontré que je m'étais un peu trop assoupi dans le confort d'Ubuntu au point d'en oublier le b.a.-ba du fonctionnement d'un système linux.

Le passage de Gnome 2 à Gnome 3 était lui quasiment forcé :

  • La version 2 n'est plus développée. Utiliser son fork Mate aurait pu être une solution mais je me serais retrouvé dans la même position qu'un utilisateur de Unity sous Ubuntu.
  • Je n'avais pas envie de passer sur un autre environnement de bureau : KDE ne m'a jamais vraiment accroché(1) et Xfce, bien que très plaisant à utiliser, n'a pas réussi à me convaincre totalement(2).
  • Gnome-shell et GTK-3 s'appuyant sur des langages comme le javascript et les CSS, c'était une porte d'entrée attrayante pour le développeur web que je suis et l'espoir de pouvoir aisément configurer mon espace de travail comme bon me semble.

Bref, la migration semblait inévitable. L'installation de la Fedora 17 s'est déroulé le plus simplement du monde et de manière aussi limpide et intuitive que ce qui se fait avec Ubuntu. L'unique notable différence concerne la création du compte utilisateur qui se passe lors du premier démarrage sous Fedora.

Il a fallu ensuite prendre en main la bête...

Les entrailles du machin

Bon, malgré tout ce que j'ai pu dire plus haut, il faut convenir qu'un système linux reste un système linux, quelle que soit la distribution. Passer d'Ubuntu à Fedora, ce n'est pas arriver en terre étrangère, comme si vous débarquiez dans un pays dont vous ne connaissez ni la langue ni les coutumes. Ce serait plutôt comparable aux différences qui peuvent exister entre québecois et français : vous partagez la même langue mais vous ne l'utilisez pas toujours de la même façon.

Illustrations par l'exemple...

Devenir le maître de l'univers : su vs sudo

L'exécution de commandes en tant qu'administrateur est une tâche récurrente, même sur une machine personnel ; on peut donc apprécier la maniabilité d'une distribution Linux aux outils mise à disposition pour effectuer cette manipulation, sudo sous Ubuntu et su avec Fedora :

sudo commande_en_super_utilisateur
Exécuter une commande sous Ubuntu avec sudo.
su -lc 'commande_en_super_utilisateur'
Exécuter une commande sous Fedora avec su.

A première vue, il y a pas grande différence, sauf qu'avec su -lc, il faut passer la commande sous forme de chaîne de caractères ; vous pouvez donc dire adieu à l'autocomplétion et prier pour ne pas faire de fautes !

Alors, certains ferons remarquer - à juste titre - qu'il est tout à fait possible d'activer le sudo pour votre compte utilisateur sous Fedora, comme expliqué dans la documentation de fedora-fr ; oui, effectivement mais, comment dire… je suis l'utilisateur d'une machine perso, pas un administrateur linux / réseau(3). Je ne résiste d'ailleurs pas à citer une partie de la conclusion de l'article :

La configuration de sudo est parfois un peu laborieuse, mais c’est le prix à payer pour une administration sereine d’un système.

Documentation Fedora-fr.

De fait, je n'utilise maintenant presque jamais la technique du « su -lc » et préfère me loguer directement en root : c'est finalement plus simple et plus rapide.

A noter que l'équivalent graphique de gksu est beesu et qu'il existe des plugins vraiment très utiles :

  • Pour Gedit (gedit-beesu-plugin) afin de (ré)ouvrir le fichier courant avec les droits root.
  • Pour nautilus (nautilus-beesu-manager) afin de lancer une série d'actions en tant qu'administrateur.

Gérer les paquetages : PackageKit vs Synaptic

Autre tâche récurrente : installer des logiciels. Je ne m'engagerai pas ici dans le débat trollesque sur la comparaison des formats de paquetage .rpm (utilisés par Fedora) et .deb (utilisés pas Ubuntu), vu ma totale incompétence dans le domaine, et puis parce que ce n'est pas le sujet. Il sera ici question de l'interface graphique qui permet à un utilisateur de rechercher / d'installer de nouveaux logiciels, PackageKit, l'équivalent de synaptic sous Ubuntu / Debian.

Capture d'écran

Capture d'écran de PackageKit, logiciel pour installer des paquetages sous Fedora.

Alors, disons le clairement : PackageKit est une daube comparé à Synaptic, au point que j'ai crû être tombé dans une faille saptio-temporelle tout ces derniers jours ! C'est un outil plutôt lent, qui n'indique ni la vitesse de téléchargement ni le temps que l'opération va prendre, et dont l'affichage de la liste des paquets n'est vraiment, vraiment pas « user friendly » ! La lenteur s'explique apparemment par le fait que le logiciel recharge un peu trop souvent l'index des paquetages disponibles mais pour le reste...

Exemple d'une petite nuisance très énervante : vous sélectionnez un paquet à installer, vous cliquez sur le bouton « appliquer » et là, rien ne se passe : on revient à l'interface sans qu'aucun message ne vous explique pourquoi rien ne s'est passé !

PackageKit a réussi un exploit de taille : il m'a fait préféré le mode console au mode graphique ! Avec Yum, qui s'utilise en ligne de commande donc (l'équivalent d'apt-get sous Ubuntu / Debian), les choses sont bien plus claires et - paradoxalement - plus simples. Et on comprend vite les raisons du type de nuisances décrites ci-dessus : cela peut-être dû a une transaction (mise à jour) en cours ou mal terminée(4), ou alors a une incompatibilité entre une dépendance à installer et un paquet déjà présent(5).

Dépôts RPM Fusion

Les dépôts RPM Fusion sont l'équivalent des dépôts « universe » et « multiverse » sous Ubuntu. Ils permettent d'installer à peu près tout ce qui n'est pas libre mais reste souvent indispensable pour une utilisation normale d'un PC, notamment les codecs pour les formats audios et vidéos propriétaires.

La déclaration de dépôts est somme toute comparable entre Ubuntu et Fedora, sauf que là encore Synaptic offre un outil graphique beaucoup plus sympathique à utiliser. A noter que la plupart des exemples de déclaration de dépôts avec Yum utilisent l'option « nogpgcheck », ce qui signifie ne pas vérifier la présence de la signature GPG du dépôt. Je trouve cela un peu léger comme pratique, surtout quand on peut faire autrement : il n'y a rien de difficile à récupérer les clés GPG des dépôts RPM Fusion par exemple.

Rendre Gnome-shell utilisable

Gnome-shell : l'ergonomie super-mega-génial

Passons maintenant à gnome-shell ; et il va s'en prendre plein les dents ! Car voilà ce qu'on a une fois que l'on a installé la Fedora 17 :

  • Impossibilité de changer les polices de caractères de l'environnement (bureau, fenêtres, applications).
  • Impossibilité de changer de thème graphique.
  • Le rendu des polices de caractères par défaut (Cantarell) fait vraiment « pas fini », amateur, un peu sale et franchement pas très attractif.

Et puis il y a ces choix ergonomiques qui, comment dire, vous font doutez des lois de la physique. Exemple : comment faites-vous pour lancer 2 applications l'une à la suite de l'autre (au hasard, Firefox et Thunderbird), tous les jours, quand vous vous installez devant votre machine ?

  • Avec Gnome 2, on avait les icônes de lancement dans le tableau de bord ou sur le bureau ; on cliquait sur la première, on cliquait sur la seconde et le tour était joué.
  • Avec Gnome-shell, le super méga génial environnement super méga ergonomique, on a les icônes dans le dash ; alors vous amenez votre souris sur le coin en haut à gauche de l'écran, le dash apparaît, vous cliquez sur la première icône, le dash disparaît ; vous ramenez la souris sur le coin en haut à gauche de l'écran, le dash apparaît, vous cliquez sur la seconde icône, et là aussi le tour est joué !(6)

C'est pas super méga génial ergonomique ça ?!!

Mais, espèce de petit crétin, s'écrie l'ergonome en chef de chez Gnome, c'est pas comme ça qu'il faut faire : vous ouvrez vos deux applications la première fois, quand vous allumez votre PC, et pis après vous ne les fermez plus parce qu'on éteint pas son PC, on le met EN VEILLE - y a donc plus besoin de les réouvrir chaque jour !

Autre question philosophique : mais comment qu'on fait pour enlever une icône du tableau de bord ? Car on voudrait bien supprimer celle de l'accessibilité pour économiser de la place et mettre autre chose, dans ce tableau de bord...

Mais, espèce de petit crétin (le retour), imaginez que quelqu'un souffrant d'une déficience visuelle vienne à passer dans votre bureau, votre salon, votre chambre, bref, là où vous avez votre machine, là, comme ça, à l'improviste, sans que vous soyez au courant, ou sans que vous soyez là, et qu'il ait besoin de toute urgence d'envoyer un email à mamie Suzette pour la prévenir qu'il sera en retard au diner de ce soir ; imaginez que vous soyez tranquillement assis devant votre PC et que, BAM !, d'un coup, une éruption solaire maousse costaud crache tellement de rayonnements que ça vous abîme les oeilles, là, instantanément ! SI, ce sont des « use cases » parfaitement plausibles, et vous serez bien content d'avoir tout de suite à porter de click l'icône d'accessibilité ! Si monsieur ! Et dans les 99.999% autres cas d'utilisation, ben en quoi ça dérange, cette petite icône de rien du tout ?! En quoi ça dérange que vous puissiez pas la masquer ?! D'ailleurs, pourquoi vous voudriez économiser de la place pour mettre autre chose dans le tableau de bord vu que, de toute façon, on vous autorise pas à y mettre autre chose ?!

C'est imparable ! Tout a été pensé en soufflerie dans les hangars de la NASA ! Le tip top de l'ergonomie qu'on vous dit ; et t'es qu'un gros con has-been si tu penses le contraire !

Il parait que les développeurs de Gnome-shell n'ont pas souhaité que l'utilisateur puisse (trop) configurer son environnement de travail, vu évidemment que leur suprême sagesse leur permet de comprendre mieux que vous la manière dont vous utilisez votre ordinateur.

Tsss...

Trève de plaisanteries...

Après ce léger départ en live, redevenons un peu plus sérieux : la première chose à faire sous Gnome 3 est d'installer gnome-tweak-tool !

Image

Gnome Tweak Tool.

Cet outil permet de retrouver un peu de la liberté graphique qu'autorisait Gnome 2 avec le choix des polices de caractères, du jeu d'icônes à utiliser (à installer dans le répertoire ~/.icons) et, grandiose innovation, du thème graphique des fenêtres d'applications (thèmes à placer dans ~/.themes).

On remarquera l'extrême épure de l'application, genre un truc bricolé à l'arrache parce qu'il fallait bien mettre à disposition une interface graphique, sinon certains de chez Gnome auraient risqué de se faire lyncher à la première manifestation libriste publique venue par des représentants d'une population un peu bizarre qu'on appelle « utilisateurs ». Que Gnome Tweak Tool - ou tout autre outil de configuration - ne soit pas intégré par défaut à gnome-shell, après un an d'existence, en dit d'ailleurs long sur la liberté qu'on souhaite accorder aux dits utilisateurs.

La seconde étape tout aussi indispensable est l'installation d'extensions à Gnome-shell. Sans elles, cet environnement est dés plus spartiate. Je ferais une revue de détails des extensions qui sont de mon point de vue absolument nécessaires dans un autre article ; il suffit de savoir ici que l'on peut retrouver sous Gnome 3 / Gnome-shell une expérience utilisateur très proche de ce que l'on pouvait connaître avec Gnome 2.

Et pour le reste...

Ben, pour le reste, et comme je le disais, un système linux reste un système linux. J'ai retrouvé sous Fedora toutes les applications que j'utilisais sous Ubuntu :

  • Firefox pour naviguer sur le web,
  • Thunderbird pour lire mes emails,
  • Rhythmbox pour écouter de la musique,
  • Totem pour regarder des vidéos,
  • Nautilus pour naviguer dans mon système de fichiers,
  • Gedit pour écrire, etc.

J'ai installé sans problèmes les outils supplémentaires nécessaires :

  • Gimp pour éditer des images,
  • Revelation pour gérer ma collection de mots de passe,
  • Celestia pour se promener un peu dans le système solaire,
  • GParted pour gérer les partitions de mes disques,
  • bazaar, java, meld et autres outils pour le développement, etc.

Comme pour Ubuntu, il a fallu installer des paquetages supplémentaires pour gérer les formats de fichiers propriétaires (gstreamer-ffmpeg, gstreamer-plugins-bad et gstreamer-plugins-ugly pour tout ce qui est audio / vidéo par exemple)(7).

Bref, rien que du classiquue.

A noter enfin qu'il n'y a plus de menu « applications au démarrage » ; il est devenu d'ailleurs très restrictif sous Ubuntu puisqu'il n'affiche plus les applications lancées par défaut, genre UbuntuOne. Sous Fedora, il suffit de lancer en ligne de commande gnome-session-properties pour gérer les services lancés au démarrage.

Conclusions

Fedora ne semble pas avoir encore embrassé les 2 mûes - mûe « graphique » et mûe « grand public » - qui ont fait le succès d'Ubuntu ; ce n'est d'ailleurs sans doute pas son but. Je ne suis pas un adpete du postulat qui veut que, si vous devez passer par une console pour exécuter une action, c'est qu'il y a un bug, mais je préfère toujours disposer d'interfaces graphiques harmonieuses et agréables à utiliser ; certains logiciels comme PackageKit semble être là simplement parce que, ben faut bien qu'il y ait un truc.

Revenir sous Ubuntu ?

Serais-je dés lors, à peine installé, déjà tenté de repartir sous Ubuntu ? Les arguments ne manqueraient pas :

  • La documentation française sur ubuntu-fr est plus agréable à utiliser que celle de fedora-fr ; elle semble aussi plus exhaustive, variée et pensée d'abord pour permettre d'utiliser le système d'exploitation sur un ordinateur personnel et non pas uniquement comme serveur, machine réseau ou tout autre utilisation « professionnelle ».
  • Launchpad, qui fournit une plateforme de développement et des ressources pour des centaines de projets, en plus des dépôts officiels. L'équivalent pour Fedora (pour l'aspect dépôt de paquetages), Fedora People Repositories, fait pâle figure...
  • Les ressources web, blogs, sites de news, etc., qui sont à l'évidence prinicpalement tournées vers Ubuntu. Il est toutefois à noter que les informations du type faites ceci sous ubuntu peuvent très souvent être renommées en « faites ceci sous Gnome » ou « faites ceci sous Linux », donc parfaitement appliquables sous Fedora.
  • La source mère Debian.
  • L'annonce ces derniers jours qu'une version gnome-shell d'Ubuntu (débarrassée de unity) pourrait voir le jour lors de la sortie de la 12.10.

J'y suis, j'y reste...

Comme expliqué en introduction, la migration de Gnome 2 vers Gnome 3 m'a posé plus de problèmes que le passage d'Ubuntu à Fedora. Mais, après deux semaines un peu perturbantes, je commence déjà à (re)trouver mes marques.

Donc, maintenant que j'y suis, j'y reste.

En tout cas pour les 6 prochains mois...