Angoulème 2004 : le Sandman en force

Passage en revue partiel et partial du dernier festival de la bande dessinée ou le comic book Sandman fût dignement représenté.

Comme tous les ans, voici venu LE week-end de janvier au cours duquel les média de masse (comprenez : la télévision) (re-)découvrent l'existence d'un bien curieux mode d'expression artistique : la bande dessinée. Ce week-end, c'est celui du Festival de la bande dessinée, qui s'est tenu du 22 au 25 janvier 2004 à Angoulême. Et cette année, quelle ne fut pas ma surprise d'y voir brillés deux noms plutôt familiers mais que je n'avais que rarement rencontré dans ce genre de manifestation, en Europe tout du moins.

Une exposition Dave McKean

Couverture du Sandman #19

Sandman #19, sept 1990. Dave McKean. © D. McKean

Le premier est celui du graphiste Dave McKean, auquel le Festival consacra une exposition.

Le terme de graphiste est plutôt réducteur car McKean est un touche à tout de génie : dessin à l'encre, à la plume, photographie, collage, montages en tout genre et effets visuels qu'on se demande comment qu'y fait, musique, etc. Un artiste complet et inspiré, à la démarche parfois obscure mais qui réussi toujours à faire naître l'émotion, que ce soit le dégoût ou la sérénité.

Pour ceux qui, comme moi, n'auraient pas pu voir l'exposition, voici deux sites de fans qui permettront de mieux connaître l'artiste : McKean Art et Dreamline. Côté librairies, la lecture de Dust Covers, The Collected Sandman (Titan Books, 1997) reste indispensable. Il s'agit d'un ouvrage qui reproduit les couvertures du mythique comic book Sandman que McKean réalisa entre 1988 et 1997.

Exposition Dave McKean
Du 22 janvier au 25 janvier 2004
Hôtel Saint Simon (rue de la cloche verte)

Un prix du meilleur scénario avec du retard

Planche de Sandman #23

Sandman #23, p.1. N. Gaiman - K. Jones - M. Jones III. © DC Comics

Mais le plus curieux reste la consécration avec quelques trains de retard du comic book Sandman. Huit ans après la fin de la série, treize ans après la publication originale de l'arc A season of mist (Sandman #21-28), l'oeuvre de Neil Gaiman a enfin été reconnue à sa juste valeur grâce au prix du meilleur scénario décroché par l'album Sandman, la saison des brumes (ed. Delcourt).

Mieux vaut tard que jamais dirons certains. Oui, sans doute, même si cela laisse un arrière-goût légèrement désagréable. Il aurait été préférable que cette reconnaissance survienne plus tôt, à l'époque même de la publication, car pour tout observateur un peu attentif du petit monde de la BD, le succès du Sandman outre-Atlantique, d'estime tout d'abord puis toujours plus large au fil des numéros, aurait dû aiguiser la curiosité. Comme quoi : devenir un écrivain à la mode amènent certains à revoir les oeuvres précédentes d'un auteur avec un oeil nouveau.

Enfin, ne nous plaignons pas : l'éditeur Delcourt va reprendre le flambeau semble-t-il abandonné par Le Téméraire, qui ne publia que les deux premiers volumes de l'histoire, Preludes & Nocturnes (#1-8) et The Doll's House (#9-16). La nouvelle traduction de Delcourt débute donc avec Une saison des brumes (#21-28), ce qui laisse malheureusement dans l'ombre quatre histoires magistrales, Dream County (#17-20), considérées par beaucoup comme l'illustration parfaite de l'univers multiforme du Sandman. L'une d'entre elle, A midsummer night's dream (Sandman #19), dessinée par le génialissime Charles Vess, est même le premier comic book (et à ma connaissance le seul) à avoir reçu un prix habituellement destiné aux oeuvres purement littéraires.

Pour rester dans le sujet, à lire aussi dans Libération une interview de Gaiman; vous pouvez d'ailleurs télécharger l'intégralité du journal au format PDF, un numéro spécial festival d'Angoulême.

Neil Gaiman étant l'un de mes auteurs préférés, je reviendrai sur l'histoire du Sandman plus en détail, le temps de me raffraîchir la mémoire car cela fait bien plus de cinq ans que je n'ai pas lu la série dans son intégralité.

Avant de refermer les portes

Enfin, on ne pouvait pas quitter le grand cirque médiatique d'Angoulême sans quelques papiers de synthèses en poche. N'ayant pas eu l'opportunité de m'y rendre, je me garderai bien de porter un quelconque jugement sur la cuvée 2004. Rien de particulier à dire sur les autres prix descernés, si ce n'est un petit rictus amusé en apprenant que Chris Claremont (scénariste des X-men - entre autre) a été honoré pour l'ensemble de son oeuvre...

Bref, pour avoir une vision plus générale de l'évènement, je conseillerai deux articles au ton un tantinet irrévérencieux : « Angoulême 2004 » et « Changes : Angoulême 2004 » de Bill Kartalopoulos. Je ne résiste d'ailleurs pas au plaisir de citer un court extrait de ce dernier :

However, the Festival at Angoulême has its own unique history, and is governed by particular interests that determine each year's selected honorees, exhibitions and events. "There's a big struggle all the time about what the Festival is," said Bart Beaty, Assistant Professor of Communication and Culture at the University of Calgary and "Eurocomics for Beginners" columnist for the Comics Journal. "In the past the big presses have boycotted it because it's too arty, the small presses because it's too commercial. It's an event that everyone is unhappy with all the time because it tries to be everything to everyone… The only thing that you can say really is that it gets 'MORE' every year.

Bill Kartalopoulos, « Changes : Angoulême 2004 », Indy Magazine, printemps 2004.

Aller, à l'année prochaine.